Review: Tron (1982)

Tron (c) Walt Disney Productions

Tron (c) Walt Disney Productions

A l’occasion de la 14ème éditon des Utopiales, nous avons pu assister à la projection de Tron, qui figurait dans la programmation des séances rétrospectives de films de science-fiction organisées pour cette édition. Réalisé par Steven Lisberger (Hot pursuit, Slipstream, ou plus récemment Tron: Legacy) et co-écrit en tandem avec Bonnie MacBird, Tron est sorti en 1982 sur nos écrans. 

Sorti à la même période que Blade Runner de Ridley Scott, the Thing de John Carpender ou encore Poltergeist de Tobe Hooper, et Star Trek 2: the Wrath of Khan de Nick Meyer, Tron a tout comme ces films été également assez froidement accueilli par les critiques de cinéma, qui le trouvèrent complètement loupé sur un peu tous les plans et malgré le petit bijou de technologie et d’innovation que constituait le film à cette époque.

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Flynn, un concepteur de jeux vidéo qui s’est vu voler ses jeux par son ex-employeur, veut à tout prix récupérer une preuve qui lui ferait valoir ses droits. Avec l’aide d’Alan et de Lora, deux de ses anciens collègues, il infiltre le MCP (Maître Contrôleur Principal), un ordinateur avide de pouvoir à l’intelligence artificielle surdéveloppée. Quand ce dernier découvre que Flynn veut s’infiltrer dans ses circuits, il le téléporte dans un jeu vidéo. Pour s’évader, Flynn devra compter sur l’aide de Tron, un programme indépendant inventé par Alan.

[ Allociné ]

Pour comprendre Tron, il faut s’intéresser aux avancées technologiques, et notamment l’évolution des jeux vidéo d’arcade vers les systèmes de jeu à domicile à partir de la fin des années 70’s, avec notamment l’Atari 2600, rapidement suivie par l’installation d’équipements informatiques à domicile au tout début des années 80’s. Quelques années plus tard, il y avait aux Etats-Unis pratiquement un ordinateur dans chaque maison, faisant ainsi entrer des termes consacrés – DOS, RAM, disque dur, programme… – dans le langage courant là où il était quelques années plus tôt réservé aux spécialistes ou aux ingénieurs en électronique. Tron, c’est un peu le reflet du sentiment de malaise ressenti par bon nombre d’américains face à de telles innovations et à leur croissance rapide, mais également de leur sentiment d’inutilité face à des machines capables de faire beaucoup de choses seules pour peu qu’elles aient été programmées une première fois. Les humains étaient jusque là au sommet de la chaîne de l’évolution, et personne ne pouvait prétendre leur disputer cette place. Avec la percée de l’informatique et son introduction dans les foyers, la donne était automatiquement changée, avec en filigrane la peur d’être complètement submergés par la technologie:

«Les ordinateurs vont commencer à penser et les gens arrêteront de le faire »

Dr. Walter Gibbs (Barnard Hughes)

Mais loin de tout miser sur la paranoïa, Tron introduit également un désir de collaboration entre l’homme et la machine; cette union produisant quelque chose d’à la fois bénéfique et de plus efficace que si chaque entité s’était contentée d’agir (ou de fonctionner) dans son coin.

Tron continue de fasciner les nouvelles générations de téléspectateurs, entraînant la mise en production puis la sortie en 2010 de Tron: Legacy et de Tron: Uprising dans un format animé d’une trentaine de minutes. Tron est une fantaisie visuelle mettant en scène les rouages électroniques et informatiques complexes tels qu’il ne nous sera sans doute jamais possible de les voir. De la même manière, l’introduction du principe d’alter ego numérisé, cette seconde identité, n’a pas manqué d’inspirer dans un peu tout les domaines, notamment dans l’univers du jeu vidéo où les avatars sont légion et où des jeux comme Second Life ou – dans une toute autre mesure – World of Warcraft ont rapidement rencontré leur public en partie grâce à ce dédoublement monde réel / avatar virtuel.

Malgré cette apparente richesse contextuelle, je n’ai pas du tout été passionnée par Tron. Certes, c’était coloré et plein d’effets spéciaux, mais pour me convaincre il manquait quand même un peu d’épaisseur à l’histoire. Le film était bourré de sous-textes pas nécessairement très évidents, mais c’était un peu comme s’il y avait davantage de sous-texte et de messages cachés que de choses écrites prévues dans le scénario… Le résultat est donc assez prévisible: on perçoit ou non les messages cachés – je parlerais de toute l’histoire du studio Walt Disney au départ de son fondateur et la critique de la politique de Ronald Reagan à côté desquelles j’étais passée – mais on s’ennuie terriblement face à un scénario allégé qui veut en dire beaucoup mais sans trop en dire, au cas où tout le monde comprenne. Ce qui n’empêche pas que le film soit visuellement très abouti au regard des standards technologiques de l’époque. Mais j’aurais voulu être éblouie par la richesse des messages portés par Tron autrement qu’en faisant moi-même des recherches sur le film après l’avoir vu et m’être en partie ennuyée devant.

J’ai également trouvé un peu ridicule la représentation de Jeff Bridges en Christ à plusieurs reprises, avec utilisation des bons vieux codes couleur hyper prévisibles, rouge = méchant = le Mal = communiste (le Rouge par excellence…) ou par le fait que soit pris n’importe quel prétexte pour qu’un truc lumineux tire d’autres trucs lumineux sur le héros du film. Non vraiment, la technique est bonne, les messages cachés sont bons, mais c’est le désert du côté du scénario ou du développement des personnages.

Rating: ★★☆☆☆
Avis: Un contexte riche et creusé… mais qui reste malheureusement hors-cadre et à côté duquel il est facile de passer. Visuellement, Tron est beau et tire le meilleur des technologies de son époque, et même s’il est aujourd’hui considéré comme un classique précurseur et initiateur de pas mal de choses, je me suis ennuyée pendant cette projection faute de consistance de l’histoire.

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