Review: Prisoners (2013)

Prisoners (c) Warner Bros. Pictures

Prisoners (c) Warner Bros. Pictures
Jake Gyllenhaal (Detective Loki) & Hugh Jackman (Keller Dover)

Réalisé par Denis Villeneuve (Un 32 aout sur Terre, Maelström, Enemy), Prisoners nous invite à cheminer pendant un peu plus de 2h55 et à faire des découvertes par nous-mêmes sur des personnages qui dans le fond sont tellement normaux qu’il pourrait s’agir de vous, de moi, ou de n’importe qui d’autre. Il n’y a aucun super héros, il n’y a pas non plus d’achétypes préconçus de type « intellectuel de service », « femme fatale » ou de personnages clichés comme on en voit beaucoup trop. Prisoners, c’est un peu comme une ballade dans une forêt sombre et mystérieuse, de laquelle personne ne sait en combien de morceaux ou dans quel état il va ressortir, ou même s’il ressortira un jour… Mais s’il y a bien une chose de sûre, c’est que dans Prisoners tout le monde est prisonnier de quelque chose…

Dans cette épaisse forêt, il y a des passages un peu glissants, voire même marécageux, dans lesquels il est aisé de s’embourber si l’on ne prend pas garde au chemin sur lequel on s’aventure… Mêlant à la fois scènes d’exposition, panoramas et explosions de rage, Prisoners est fort d’un scénario plutôt bien foutu, offrant suffisamment de matière à chacun pour exercer ses talents d’acteur, et offrant suffisamment de scènes dérangeantes au spectateur pour qu’il reste accroché jusqu’à la fin…

Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l’irréparable… Les jours passent et les chances de retrouver les fillettes s’amenuisent…

[Allociné]

Le film s’ouvre sur le quotidien de deux familles ordinaires. Un père à la chasse avec son fils, un repas de Thanksgiving à préparer… Rien de bien extraordinaire. C’était même assez déstabilisant, parce que le plantage de décors a pris une bonne vingtaine de minutes et au bout d’un moment, c’était à se demander si le film allait décoller ou non. Mais le parti était pris de planter le décors, de nous montrer ces deux familles dans leur quotidien, de montrer comment chacun interagissait avec les autres dans la plus troublante normalité. Cette phase a été un peu longue à mettre en place, mais l’effet escompté était malgré tout là: tout spectateur ayant lu le synopsis ou ayant vu la bande annonce savait que les enfants allaient disparaître… restait tout de même à déterminer quand, si bien que chaque sortie des enfants dans la rue induisait un certain malaise dans la salle parce qu’au final, la longueur de la mise en place n’a fait que prolonger cette appréhension encore et encore… Une très bonne performance dès le départ: induire un malaise chez le spectateur fait aussi partie de ce qu’on est en droit d’attendre d’un thriller.

Prisoners (c) Warner Bros. Pictures

Maria Bello (Grace Dover) & Hugh Jackman (Keller Dover)

Lorsque les deux petites filles sortent se balader avec leurs ainés dans la rue et commencent à jouer à proximité d’un  camping car en stationnement, on redoute le pire. Les ainés aussi, parce qu’ils s’empressent de les rappeler à l’ordre et de regagner la maison où les deux familles sont réunies. Ok, ça n’est toujours pas pour maintenant… mais on se doute que c’est pour bientôt parce que de l’intérieur du camping car, quelqu’un les observe s’éloigner. Et finalement, les fillettes disparaissent quelques minutes plus tard, entre la maison où tout le monde discute tranquillement et la maison des parents d’Anna (Erin Garasimovich), où les deux fillettes avaient prévu de partir jouer. Au final, la disparition survient au moment le plus prévisible, mais on l’a déjà tellement ressentie et anticipé qu’on ne la voit plus réellement venir.

On retrouve Hugh Jackman (the Wolverine – dont on vous a déjà parlé -, Australia, les Misérables) dans la peau de Keller Dover, qui nous livre une interprétation sous tension absolument bluffante. Le principal suspect de l’enlèvement est un certain Alex Jones, interprété par Paul Dano (Little Miss Sunshine, Cowboys & Envahisseurs12 years a Slave…), qui porte presque une pancarte « pédophile » autour du coup parce qu’il est introverti et possède un camping car avec lequel il aime se promener. Beaucoup de choses qui font que, même si ça a l’air un peu simple, on se laisse à la fois convaincre par des indices et autres raisonnements un peu rapides ou simplistes, et à la fois apitoyer par ce type un peu simplet qui ne semble pas comprendre ce qui lui arrive quand on le place en détention et qu’on essaie de l’interroger.

Prisoners (c) Warner Bros. Pictures

Viola Davis (Nancy Birch) & Terrence Howard (Franklin Birch)

Après la disparition de sa fille, Dover est intenable et déraille totalement. Quand Alex sort de garde à vue, il est clair que Dover n’envisage plus une seconde que la police lui ramène Anna saine et sauve. Pour lui, Alex est coupable, il en a l’intime conviction et il ne comprend pas pourquoi tout le monde n’en est pas persuadé également et ne voit pas clair dans le jeu de l’accusé. Le glissement se fait à ce moment précis, et Dover est rejoint dans sa quête de réponses obtenues par la violence par son ami Franklin (Terrence Howard), dont la fille a également été enlevée. A cette envie de faire avouer Alex succède un début de démence, une soif de sang, qui ne s’atténueront même pas lorsque les indices démontrant que malgré un physique pas facile, Alex n’est peut-être pas le pédophile que les deux hommes voient en lui… C’est à peu près à ce stade du film qu’on peut se poser la question de savoir ce qu’on aurait été prêts à faire dans la même situation. Est-ce qu’on aurait pris peur devant l’horreur de ce que l’on venait d’infliger à un innocent comme Franklin ? Ou est-ce que comme Dover on se serait entêté sur cette voie ne menant à rien parce que pendant qu’il frappait Alex, il n’avait pas à faire face à la dure réalité et au fait de devoir surmonter cette épreuve tout en réapprenant peu à peu à vivre ? La question est d’autant plus délicate que, malgré les apparences qui contredisent les maigres indices récoltés par Loki, on ne sait pas vraiment si Alex est innocent ou non au final… Est-ce que culpabilité peut changer quelque chose ? Peut-être. Ou peut-être pas, si on considère l’état dans lequel le manque de sommeil, l’alcool et l’angoisse l’ont mis… Dover est le personnage le plus intéressant et le plus épais du film, à la fois sympathique et détestable. Hugh Jackman livre une performance absolument bluffante qui prend littéralement aux tripes.

Prisoners (c) Warner Bros. Pictures

Jake Gyllenhaal (Inspecteur Loki)

Du côté de la police et pour mener cette enquête, on retrouve Jake Gillenhaal (Le secret de Brokeback Mountain, Donnie Darko, Source Code) dans la peau de l’inspecteur Loki (duquel on ignore toujours le prénom en fin de film). Le premier contact avec ce personnage m’a laissée un peu perplexe parce qu’il donnait un peu l’impression de ne rien avoir à carrer de cette enquête, prenant peu de notes et n’écoutant qu’à peine les témoignages des parents des deux petits disparues ou d’éventuels témoins. Pour le coup, le cliché se trouvait là, dans la lumière des projecteurs: flic très bon, peut-être même surdoué, qui respecte assez sommairement sa hiérarchie et mène son enquête comme ça lui chante… bref, un flic un peu wanna be rebelle mais qui au final respecte clairement sa hiérarchie et ne fait rien qui soit contraire au règlement, même lorsque ça peut sauver une vie ou faire avancer son enquête. Un flic rebelle en carton-pâte, quoi, parce que la présentation du personnage ne correspond pas du tout à ce qui se joue sous nos yeux.

Avec un style très épuré mais malgré tout très méthodique, Denis Devilleneuve nous fait redouter chaque nouveau face à face entre Dover et le coupable présumé. La situation est effrayante, et au nom d’une justice rendue par deux hommes, Alex va connaître l’enfer et plus encore… La photographie, aux mains de Roger Deakins (No Country for Old Men, Skyfall, dont on vous a également déjà parlé) est magnifique. Le côté un peu gras combiné aux ombres nimbant certains plans tournés sous une pluie battante confèrent au quartier de banlieue où se déroule l’action un petit côté post-apocalyptique tout à fait approprié.

Même si le choix d’un dénouement en toute fin de film est légitime pour un thriller, l’impression de faire du sur-place pendant tout le film persiste, et les 20 dernières minutes sont beaucoup trop rapides et donnent l’impression qu’il ne fallait pas que le film excède 2h55 parce que sinon, à l’exploitation ça allait être trop compliqué. D’un point de vue purement narratif, ce choix donnait surtout l’impression d’une fin à l’arrache, et d’une résolution d’affaire un peu au petit bonheur la chance…

Rating: ★★★☆☆
Avis: Un bon thriller, qui nous maintient en haleine jusqu’au bout et donne tout ce qu’un thriller doit donner (rebondissements, frissons… bref, tout). Je déplore quand même certaines longueurs du côté du scénario, et le fait que l’élément central permettant de tout comprendre n’effleure l’esprit de l’inspecteur qu’à 20 minutes de la fin alors que quasiment tout le monde dans la salle avait vu venir cette histoire de labyrinthe depuis un moment.

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