Review : Penny Dreadful

Penny Dreadful (c) Showtime

Penny Dreadful (c) Showtime
– renouvelée pour une saison 2, à voir dès 2015 sur Showtime –

Diffusée sur Showtime en mai 2014, créé par John Logan (Hugo Cabret, Skyfall…) et co-produite par Logan et Sam Mendes (American Beauty), Penny Dreadful fait sans doute partie des séries qui n’ont pas fait beaucoup parler d’elles cette année, malgré un casting assez intéressant. Série britannique et américaine d’horreur, il faut dire que son synopsis peut attirer, autant que faire peur…Composée de huit épisodes et donc assez courte, elle a cependant rencontré assez de succès pour être renouvelée pour une seconde saison. 

La série prend place dans un Londres qui se remet tout juste des meurtres de Jack l’Eventreur – c’est quasiment l’une des premières répliques qu’on entend dans le pilote. L’ambiance victorienne et gothique à la fois, qui n’est pas sans évoquer les décors sombres du film Sweeney Todd, nous laisse sous-entendre, comme les premières images, que la série sera parsemée de surnaturel et d’horreur. L’histoire se compose de façon tantôt chorale, tantôt traditionnelle, suivant une quête principale pour tout le groupe de personnages, et également leur quête individuelle.

Tout commence quand Sir Malcolm Murray (Timothy Dalton), un ancien explorateur habitué au continent africain, accompagné de Vanessa Ives (pour la décrire grossièrement, nous dirons que c’est une medium) et Sembene (compagnon d’aventures de Murray) recrutent Ethan Chandler (Josh Hartnett), un homme d’action qui passe son temps à fuir toutes les relations de son passé, dont son père. La mission qu’ils offrent à Chandler paraît bien vague au début : il n’est engagé que pour un moment précis, pour son aptitude à pouvoir se battre. Sauf qu’au cours de la bataille, si les personnages principaux, eux, ne comprennent pas très bien ce qui se passe, nous, en tant que spectateurs habitués des monstres d’horreur, ne pouvons que comprendre qu’ils se battent contre des vampires. Ceux-ci ne sont d’ailleurs jamais évoqués comme tels dans la série, dans mon souvenir.

"there's something within us all..."

“There is something within us all…”

A partir de là, Chandler se met à poser des questions…et la quête personnelle de chaque protagoniste se mêle peu à peu à la quête principale de Malcolm Murray et Vanessa Ives (Eva Green). Ces deux personnages n’ont en effet que pour but de délivrer une jeune femme de l’emprise de vampires : la fille de Murry et l’ancienne meilleure amie depuis l’enfance de Vanessa, une certaine Mina… Mina Murray, cela vous dit-il quelque chose ? Ou plutôt, comme on l’apprend plus tard, Mina Murray qui s’est mariée à un certain Jonathan Harker ? Dracula n’est pas loin.

Plus on progresse dans la série, plus on comprend le principe : elle réunit des personnages de fiction du XIXe siècle (un peu à la manière de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires) unis dans un but commun, sauver Mina Harker. Mais outre cette mission – affective pour certains, comme Vanessa et Malcolm, juste financière pour d’autres, comme Chandler et Frankenstein – chaque personnage a sa propre histoire, son propre chemin de croix :

  • Le Docteur Frankenstein apparaît assez vite dans le premier épisode quand on lui demande d’examiner le corps d’un vampire – alors qu’il travaille à fabriquer sa propre créature. Sauf que, comme on l’apprend au deuxième épisode, et c’est ce qui m’a fait accrocher à la série, on apprend qu’il n’en est pas à son premier essai…Jeune homme de science idéaliste, il est par moments assez insupportable, tout en gardant un côté romantique et poétique à ne pas négliger.
  • Ethan Chandler est poursuivi par un démon du passé certain, en plus des hommes voulant le ramener chez son père. Il rencontre en chemin Brona Croft, une prostituée dont il tombe amoureux mais qui, malheureusement, est atteinte d’une maladie mortelle. Je n’en dirais pas plus sur le personnage, je me suis personnellement triturée les méninges pour savoir à quel personnage fictionnel il était relié, et le cliffhanger au 8e épisode m’a vraiment surprise. Il se révèle en tout cas une ancre et étrangement le plus sensé de tous dans cette troupe.
  • Malcolm Murray cherche à retrouver sa fille et se débat dans des liens visiblement complexes avec Vanessa. Explorateur expérimenté de l’Afrique, on ne tarde pas à se rendre compte qu’il se sent coupable de la destruction de sa famille.
  • Quant à Vanessa, en plus de rechercher Mina, elle se débat également avec certains démons intérieurs, notamment ravivés lorsqu’elle rencontre Dorian Gray, jeune homme immortel à l’air éternellement jeune et en quête d’on ne sait quoi. Pour ce dernier, j’adore le personnage en lui-même, mais j’étais très sceptique sur son interprétation au début avant de le trouver plutôt bien, quoiqu’inattendu.
Eva Green (Vanessa Ives)

Eva Green (Vanessa Ives)

Pardon de m’attarder sur Vanessa, mais elle est certainement le personnage le plus intéressant de la série. Medium, cartomancienne, croyante catholique fervente, elle a un passé extrêmement lourd pour une cause : le Diable la recherche pour être la mère de l’Antéchrist. Ca a de quoi détonner dans l’univers de la série, et il est d’autant plus agaçant de voir que du coup, la plupart des personnages masculins sont attirés par elle niveau fil romantique. Mais s’il y a un acteur qui plus que les autres fait tenir la série, c’est Eva Green en interprétant Vanessa. Je ne suis pas particulièrement l’actrice, mais son jeu tient simplement du magnifique. Enigmatique et envoûtante, froide et pourtant humaine, distante en raison de ses pouvoirs et du danger qu’elle représente, elle interprète des facettes diverses et variées, belles et terrifiantes. Et vu les scènes de possession par une divinité maléfique à un moment, je crois bien qu’elle mérite ce petit focus sur elle. D’autant que son personnage, superbement campé, est parfois ce qui rend tout le reste plus crédible et réaliste. Elle n’est pas loin de porter tout le show sur ses épaules. Notamment parce que la quête principale est finalement assez insipide : le plus intéressant dans cette série, c’est simplement quand tous les personnages se croisent et discutent, luttent ensemble, ou alors partent dans leur quête personnelle – c’est une faiblesse de la série. C’est à ce stade que l’épisode 7, « Possession » se révèle sans doute le plus passionnant : tous les personnages sont en huis-clos, veillant tour à tour sur une Vanessa possédée, et se confient alors nombre de choses plus personnelles.

De gauche à droite : Josh Hartnett (Ethan Chandler), Billie Piper (Brona Croft), Harry Treadaway (Victor Frankenstein), Eva Green (Vanessa Ives), Reeve Carney (Dorian Gray), Timothy Dalton (Malcolm Murray), Danny Sapani (Sembene)

De gauche à droite : Josh Hartnett (Ethan Chandler), Billie Piper (Brona Croft), Harry Treadaway (Victor Frankenstein), Eva Green (Vanessa Ives), Reeve Carney (Dorian Gray), Timothy Dalton (Malcolm Murray), Danny Sapani (Sembene)

Alors, que donne un tel pot-pourri ? Etrangement, il passe assez bien. Je suis pourtant une grande fan relativement critique de la plupart des personnages qu’on retrouve dans cette série, ayant lu et relu Dracula et Dorian Gray un grand nombre de fois. Il convient de se tenir à la définition de la série telle qu’elle est donnée par un certain Van Helsing : Penny Dreadful est un genre littéraire mineur du XIXe siècle, qui correspond à des histoires diverses macabres vendues bon prix. Rien de faramineux donc, mais des choses assez intéressantes pour attirer l’attention. Ce sont les personnages et leurs petites histoires qui font ici la force de l’histoire, non l’histoire principale. Sans oublier les décors que je trouve personnellement superbes, et les costumes, tout aussi magnifiques.

A ce titre, l’élégance et l’ambiance esthétiques sont extrêmement soignées, contribuant à l’atmosphère horrifique de la série. Enfin, et pas des moindres : tous les personnages font passer diverses émotions, diverses réflexions philosophiques, outre le combat envers ses démons intérieurs et le passé. Frankenstein et sa créature nous interrogent sur leur sens de la vie, et les poésies qu’ils citent n’y sont pas étrangères, par exemple. Quant à Dorian Gray, son personnage même fait songer sur l’ennui, le sens d’une existence, la difficulté à trouver quelqu’un qui nous comprenne parfaitement. C’est aussi un peu de l’essence littéraire et philosophique d’origine, qui est retransmise en partie dans la série.

Rating: ★★★☆☆
Avis: Malgré les faiblesses de la série niveau scénario, malgré certaines facilités, elle reste assez intéressante à voir (assez pour donner envie de voir la deuxième saison.) On ne se trouve vraiment happé qu’à partir de la fin du deuxième épisode, et sans doute, sans Eva Green, l’ensemble aurait plus de mal à tenir et à être cohérent. Ce sont bien les personnages et l’ambiance qu’on retient, plus que l’intrigue principale. La série a son lot de scènes glauques et qui mettent un peu mal à l’aise, donc à ne pas regarder par les âmes trop sensibles, même si ce n’est pas non plus trop trash. Certains retournements sont loin d’être prévisibles, tout en conservant certains clichés. Aux amateurs de l’époque victorienne, du Londres mythique de fiction et des références, n’hésitez pas à y jeter un coup d’oeil ! Puisse la saison 2 gommer les défauts de la 1, cela pourrait devenir vraiment bien…

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