Review: Luther S03E01

Luther (c) BBC

Luther (c) BBC
DCI John Luther (Idris Elba) et DS Justin Ripley (Warren Brown)

Après plus de deux ans d’attente, Luther a fait son ultime retour sur la BBC. Deux ans loin des écrans. Deux ans pour peaufiner quatre nouveaux pitch d’épisodes, pour dévoiler des facettes encore inconnues du personnage brillamment incarné par Idris Elba (the Big C, Prometheus… et prochainement dans Thor: le monde des Ténèbres). Deux longues années durant lesquelles les attentes des fans n’ont fait qu’aller croissantes, rendant ainsi ce retour difficile à bien des égards. On nous avait déjà mis en condition avec un trailer alléchant, avec des vidéos dévoilant les visuels du nouveau générique, et la ferveur a gagné les fans là où les plus sceptiques ont fini par céder et par se laisser tenter…

Le premier épisode de la saison 3 nous place dans la continuité direct du series finale de la saison 2. Luther et son adjoint Ripley (Warren Brown) émergent d’un bâtiment en flammes avec des criminels immédiatement placés en état d’arrestation. On ne nous en explique pas davantage, on ne s’étale pas sur les évènements: on avait été habitués à ce que Luther soit le seul à trainer des suspects jusqu’à ses collègues de cette manière sans que personne ne pose de questions, mais cette fois la donne a changé: Ripley l’accompagne et ne semble visiblement plus très choqué par les méthodes de son supérieur. Une fois rentré chez lui, il ne reste chez Luther plus rien de l’homme impétueux et arrogant qui a jailli d’entre les flammes quelques secondes plus tôt: il a toujours en tête les évènements de la saison précédente, est toujours hanté par les fantômes de son passé, avec en tête Zoé (Indira Varma), son ex-femme… Le tout mis en scène sans réelle subtilité parce qu’encore une fois, on va droit au but pour bien nous faire comprendre que lorsqu’il n’a plus aucun tueur psychopathe / fétichiste / malade mental – rayez les mentions inutiles – à coincer ou aucune enquête sur laquelle plancher, Luther est seul avec ses tourments.

La  première victime de cette saison rentre tranquillement chez elle sans se douter une seconde de ce qui l’attend pour la suite. La manière dont le nouveau tueur est introduit a quelque chose de franchement angoissant, et même de plus angoissant que ce à quoi l’on a pu être habitués jusqu’ici. On oublie donc les silhouettes en arrière plan ou qui attendent leur victime en pleine lumière, ce tueur-ci est dissimulé, on ne sait pas où, on ne sait pas non plus à quel moment il va frapper… mais on sait qu’il est là, qu’il guette, et qu’il frappera. L’angoisse liée à l’inéluctable est d’ailleurs accentuée par la lenteur de la scène autant que par le fait que la jeune femme prenne son temps pour rentrer et finisse par aller se mettre au lit. L’absence totale de musique apporte également beaucoup à cette scène, avec un silence qui n’est rompu que par le bruit des chaînes que transporte avec lui le tueur… Niveau mise en scène, on retrouvera les mêmes ficelles un peu plus tard, avec la seconde victime du tueur… Tout est angoissant et psychologiquement dur, comme à chaque fois que Luther se retrouve confronté à des tueurs aux mœurs déviantes.

En parallèle de cette enquête visant à stopper ce tueur fétichiste, Luther et Ripley enquêtent sur l’assassinat d’un troll du web retrouvé ligoté chez lui. Même si cette seconde affaire est mise en scène de manière moins originale ou angoissante, les scènes qui y sont rattachées demeurent malgré tout les meilleures de l’épisode. On pourra notamment évoquer la « pendaison » par Luther de l’un des usuriers de la victime en vue de le faire avouer, avec à chaque seconde le risque que le policier lâche le jeune homme par mégarde, ou que quelqu’un ne soit témoin de ce genre de petits dérapages réservés aux grandes occasions.

Georges Stark (David O'Hara)

Georges Stark (David O’Hara)

Un risque qui existe à ce moment plus qu’à aucun autre. Aperçue dans la saison 2, on retrouve en ouverture de saison 3 l’inspecteur Erin Grey (Nikki Amuka-Bird) évincée de son poste par Ripley pour protéger Luther. Après avoir rejoint les enquêtes internes, la jeune femme fait son grand retour et affiche clairement ses intentions et insiste bien sur le fait qu’elle ne lâchera pas l’affaire jusqu’à réussir à prouver que Luther n’est pas un policier réglo ou à cheval sur la procédure… Pour mener à bien sa vendetta, la jeune femme s’est alliée à un ancien inspecteur des affaires internes maintenant à la retraite, Georges Stark (David O’Hara), et compte bien se servir de Ripley pour parvenir à ses fins, notamment en lui faisant porter un micro dans l’espoir que Luther soit plus enclin à la confession avec son équipier.

Un peu plus tard, l’entrée en scène de Sienna Guillory (Love Actually, Criminal Minds, Resident Evil: Apocalypse…) dans le rôle de Mary Day contribue à alléger un peu l’ambiance de cet épisode. Après un accrochage en voiture avec Luther, la voir manier un humour un peu gauche et déborder de sympathie apporte une véritable bouffée de chaleur bien appréciable à ce stade de l’épisode.

Si j’ai beaucoup aimé le machiavélisme du plan d’Erin qui consistait à se servir de Ripley pour obtenir les aveux de Luther, j’ai en revanche eu beaucoup plus de mal à comprendre ce qui avait pu décider Ripley à faire confiance à la jeune femme, et – parce qu’il a quand même une légère tendance psychotique – à Georges Stark. N’importe quelle personne sensée se serait abstenue de faire confiance à un tel individu, notamment après avoir subi une tentative d’étranglement. Sur ce point, il y a un gros manque de mon point de vue faute de développement autour du caractère de Ripley, que l’on a vu accorder une confiance aveugle à Luther qui reposait malgré tout sur du concret, mais dans le cas de Georges Stark ça demeure incompréhensible.

Malgré tout, le principal est là : l’épisode est plaisant, les performances des acteurs sont une nouvelle fois à la hauteur, avec un Idris Elba plus impressionnant que jamais. L’épisode est rythmé et ne nous laisse pas une minute de répit, il y a toujours quelque chose à voir et un élément sur lequel s’interroger en prévision de la suite. Les quelques manques ou choses non développées n’empêcheront cependant pas les fans de la série d’y trouver leur compte : l’épisode d’ouverture de saison est clairement à la hauteur.

Rating: ★★★★☆
Avis: Reprise mouvementée pour Luther, avec toujours un grand soin côté scénario, et un travail toujours aussi sympa sur la photographie. Idris Elba est magnifique dans ce rôle et domine de deux bonnes têtes le reste du casting pourtant plus qu’à la hauteur. J’ai eu peur avec certains personnages, ressenti l’angoisse et la douleur… et c’est précisément ce que j’attends d’une bonne série. Je ne m’en lasse pas !

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