Recap: Luther

Luther (c) BBC

Luther (c) BBC
Idris Elba (DCI John Luther)

Luther est de retour. Et ça faisait bientôt deux ans qu’on l’attendait ! A quelques heures du lancement de la saison 3 de Luther sur BBC One, il nous paraissait intéressant de faire un petit récapitulatif sur cette série policière qui fracasse les règles du genre.

Depuis les années 90, c’étaient les séries américaines qui régnaient en maîtresses incontestées sur le genre policier / thriller avec des grosses productions comme Columbo, ou CSI déclinées à toutes les sauces (Las Vegas, Miami, Manhattan) reprises telles quelles en France avec RIS parce que le modèle était rodé, avec l’espoir de faire encore une fois un carton d’audience avec un concept venu d’ailleurs… En Angleterre, il y avait bien quelques irréductibles comme Agatha Christie’s Poirot (avec l’excellent David Suchet), Midsomer Murders ou Lewis, mais malgré leur grande qualité d’écriture, ces séries avaient une saveur légèrement poussiéreuse. Construites sur un modèle bien défini – le crime (les 15 premières minutes), le faux suspect (les 15 minutes suivantes), et la résolution de l’affaire (les 15 dernières minutes) – ces séries ont l’avantage d’être simple à écrire parce qu’elles n’intègrent pas ou alors très peu d’éléments de continuité, permettant à n’importe qui de prendre le train en marche sans éprouver de réelle difficulté de compréhension.

Luther s’est alors présenté comme un réel dépoussiérage du genre, donnant à la série policière telle qu’on la connaissait l’équivalent d’un shoot d’adrénaline pure. La construction est plus complexe, et le mystère n’est pas nécessairement élucidé en fin d’épisode, laissant ainsi très souvent le téléspectateur assidu dans une profonde détresse provoquée par l’attente du prochain épisode (c’est du vécu). Être capable de maintenir le téléspectateur en haleine demande bien plus que l’utilisation d’un cliffhanger – même si l’usage est courant dans Luther – mais surtout, une réelle aptitude d’écriture, une capacité à déterminer quel point aborder et à quel moment, quel indice découvrir ou quelle piste flairer… ou manquer.

Du point de vue de l’écriture, l’atout de la série est d’abord – et surtout – son créateur et scénariste principal, connu pour son travail sur l’haletante Spooks, diffusée également sur la BBC pendant 10 saisons, qui mettait en scène le quotidien d’agents du MI-5 dans leur lutte contre les menaces de toute sorte – terroriste, notamment. Habitué des intrigues aux rebondissements multiples et des heel-turn de personnages, Neil Gaiman a pour lui une imagination fertile, débordante même, et sait également s’entourer de co-scénaristes de talent comme notamment Farren Blackburn (Doctor Who, Silent Witness…) ou Brian Kirk (Boardwalk Empire, Game of Thrones…). Second atout de la série: Idriss Elba, qui campe John Luther, un inspecteur réputé aussi dangereux qu’un flacon de nitroglycérine. Au nombre des compliments permettant de le décrire s’ajoutent également: instable, capricieux… et talentueux. En clair, le personnage peut nous exploser entre les doigts à tout moment. On le devine assez rapidement en tant que spectateur, mais sa hiérarchie en a également pleinement conscience. Le personnage en lui-même est absolument fascinant et Idriss Elba incarne à merveille ce policier à multiples facettes, un peu comme si le rôle avait été taillé sur mesure pour son imposante silhouette.

La série est également l’occasion de mettre en scène des personnalités clairement tourmentées commettant des crimes atroces. Dans la première saison, Luther faisait face au pédophile Henry Madsen, qu’il pourchassait dans la scène d’ouverture dans les dédales de couloirs puis dans les hauteurs d’une usine désaffectée. L’occasion de nous faire entrer directement dans l’ambiance et de nous familiariser avec les méthodes de travail assez particulières de Luther qui, pour permettre à ses collègues de sauver une petite fille enlevée et retenue dans une cache secrète n’a pas hésité à mettre le pédophile en danger jusqu’à ce qu’il avoue… On pourrait se dire que face à ce genre d’individu, la fin justifie les moyens. On pourrait même se dire que dans le fond, le pédophile n’a pas volé sa chute de 10 mètres de haut après avoir malmené des petites filles. Mais en même temps, on ne peut s’empêcher de trouver la méthode un peu limite parce qu’il s’agit d’un policier. Et c’est en cela que la série prend tout son intérêt – en plus de la scénarisation parfaite et d’une photographie vraiment classe – parce qu’elles amène à se poser pas mal de questions: faut-il admettre que l’on puisse malmener un suspect ou lui ôter la vie au prétexte que cela peut l’amener à avouer et donc à sauver une victime innocente ? La série se présente comme une réflexion psychologique sur le crime de procédure et nous laisse fréquemment face à des interrogations de ce type, dérangeantes, mais nécessaires malgré tout.

Luther (c) BBC

Ruth Wilson (Alice Morgan)

L’autre point dérangeant de la série – dans le bon sens du terme – c’est le personnage d’Alice Morgan (Ruth Wilson), principale suspecte du meurtre d’un couple bourgeois – ses parents – qui n’avaient visiblement aucun motif pour être assassinés. Séduisante, complètement dérangée et obsessionnelle, Alice engage un jeu dangereux avec Luther: elle, focalisée sur le fait de montrer à quel point elle est brillante, et lui, obsédé par le fait de la faire tomber pour le meurtre de ses parents. Leurs échanges sont savoureux et structurent la première saison, la ponctuant d’échanges de haute volée. On en profite bien évidemment pour admirer ces deux acteurs presque au sommet de leur art à mesure que l’on se sent happés dans l’histoire sans rien pouvoir faire pour l’éviter. On soulignera également les performances d’Indira Varma (Zoe, l’ex-femme de Luther) et Paul McGann (l’amant de Zoe), qui deviennent bien malgré eux des pions sur l’échiquier d’Alice et Luther, ou encore celle de Steven Mackintosh (Ian Reed, le collègue de Luther) qui nous offre une performance proche de l’état psychotique qui est vraiment à couper le souffle – et à faire froid dans le dos.

La seconde saison, construite sur un autre modèle combinant les épisodes par paires est encore plus perturbante que la première et nous laisse aux prises avec un meurtrier masqué amateur de théâtre et de mise en scène, et avec un adepte de jeux de rôle à tendance sociopathique. Le macabre et la barbarie sont au coeur de cette saison 2, et le résultat fait très clairement froid dans le dos: âme sensibles, mieux vaut s’abstenir ! En parallèle et parce que ses journées ne sont pas déjà assez chargées, Luther est chargé d’aider une amie dont la fille, Jenny (Aimee-Ffion Edwards) s’est embarquée dans un réseau mafieux assez louche porté sur la prostitution et les films pornographiques. Pour tenir sa promesse, Luther repoussera une nouvelle fois ses propres limites. La saison 2 s’est révélée aussi soignée et réussie que la première sur certains points, mais l’a – à mon sens – surpassée sur le suspense, notamment parce que des choix d’écriture différents ont été faits à travers des épisodes non plus centrés sur un crime unique, mais bien deux épisodes autour du même meurtrier pour véritablement prendre le temps de développer davantage sur son profil et sur les investigations menées pour le coincer.

On vous recommande Luther si vous êtes amateur(s) de séries policières de qualité, troublantes, et avec un casting vraiment épatant. Dans ce cas, il n’est peut-être pas encore trop tard pour visionner les épisodes déjà diffusés. Pour ceux / celles qui les auraient déjà vus, on vous laisse avec la bande annonce de la saison 3:

Retrouvez la saison 3 de Luther dès ce soir sur BBC One !

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