Review: Spies of Warsaw

Spies of Warsaw

Spies of Warsaw (c) Apple Film production / Arte France
David Tennant (Jean François Mercier)

A la réalisation, on retrouve Coky Giedroyc (Wuthering HeightsBlackpool, et qui a également travaillé sur le pilote non diffusé de la série Sherlock), accompagné à l’écriture par Ian La Fresnais pour cette adaptation du roman du même nom paru en 2008 aux éditions Weidenfeld & Nicolson et écrit par Alan Furst (qu’on retrouve pour le coup en tant que co-scénariste). Côté synopsis, on nous met l’eau à la bouche, juste ce qu’il faut pour qu’on ait envie de jeter un oeil à la suite.

Varsovie, 1937. La guerre menace l’Europe. À l’ambassade française, le nouvel attaché militaire, le colonel Jean-François Mercier, est un bel aristocrate, héros décoré de la guerre de 1914. Il tombe amoureux d’Anna, une parisienne d’origine polonaise, avocate à la Ligue des Nations dont le compagnon, Max, est un journaliste soviétique ayant fui la Russie de Staline. Alors que les banquets et les réceptions s’enchaînent, ce monde encore préservé ignore les tambours de la guerre qui commencent à se faire entendre. [ Arte.tv ]

Spies of Warsaw est donc centrée sur des histoires d’espions – ce que tout le monde avait sans doute déjà deviné en voyant le titre – à Varsovie. Plus précisément, cette mini-série en deux parties diffusée sur la BBC nous amène à suivre pas à pas un espion français, Jean-François Mercier (David Tennant) dans le Varsovie de 1937, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.

Jean François Mercier est un colonel devenu espion qui a pour mission découvrir les plans d’invasion allemande, ou plus officiellement il est “attaché à l’Ambassade française à Varsovie”. Voilà pour la couverture. Incarné par le talentueux David Tennant (Doctor Who, Harry Potter and the Goblet of Fire… et la liste complète risque d’être longue !), le personnage souffre d’un cruel handicap dès le départ qui n’est ni physique, ni mental, mais simplement lié à l’écriture et à son développement: quand Jean-François Mercier n’est pas à crapahuter partout ou mêlé à des rixes diverses, il transpire l’ennui… et nous ennuie également dans une proportion non négligeable. Quelque chose cloche profondément avec ce personnage, qu’il s’agisse des remarques étranges – et pas toujours très spirituelles – concernant la vie, la mort, le vin (oui, vous avez bien lu)… Bref, c’est limite gênant de suivre ce personnage assez plat à une époque où il y a beaucoup à montrer, beaucoup à voir. Peut-être aurait-il fallu que le héros de cette fresque ait une personnalité plus appuyée ou un réel message à véhiculer. Jusqu’ici, si une production incluant David Tennant avait presque toujours été un gage de qualité – je dis “presque toujours” à cause de St Trinian 2 qui était d’une qualité là aussi plus que discutable… – il faut bien admettre qu’avec Spies of Warsaw on s’ennuie sévèrement… Et deux fois plus lorsqu’on sait de quoi cet acteur est capable avec un rôle bien écrit. Une déception d’autant plus grande que le livre servant de base à cette mini-série était décrit comme étant “un thriller sophistiqué de premier ordre” (NY Times).

Passée cette première ENORME déception liée à un personnage principal plus que plat, il y a le reste du casting. Miroslaw Zbrokewicz incarne Marek, le chauffeur de Jean-François et en impose de manière assez étrange malgré un faible temps de présence à l’écran – mais pas uniquement à cause de son imposante silhouette ou de son visage buriné par les années qui passent. On retrouve aussi avec plaisir Burn Gorman (qu’on a pu voir récemment dans Game of Thrones, mais également dans the Dark Knight rises ou Torchwood) et Fenella Woolgar (qu’on a pu voir notamment dans Jekyll, Hercule Poirot, ou en tant qu’Agatha Christie dans un épisode de Doctor Who) qui apportent un peu de luminosité et tentent tout comme David Tennant de faire ce qu’ils peuvent avec des personnages un peu mornes.

Le téléfilm d’espionnage verse assez rapidement dans la romance lorsque Jean-François Mercier croise la route d’Anna (Janet Montgomery), et c’est presque le début de la fin en ce qui me concerne – pas pour les raisons qui vous viendront à l’esprit, mais bien parce que l’on perd un peu la dimension “espionnage” pour vraiment tomber dans quelque chose d’au final assez bateau, où le héros tombe amoureux d’une femme mariée, qui la voit en cachette, finit par tomber amoureux, la perd de vue, et la retrouve juste à temps pour le happy-end sentimental de la fin. C’est à mon sens vraiment dommage d’avoir aussi mal équilibré le récit pour se focaliser sur la romance plutôt que sur le contexte historique de l’époque qui était de loin plus intéressant compte tenu du peu de développement dont les personnages ont fait l’objet. A la rigueur, cette relation aurait pu être plus intéressante si on avait songé à inclure quelques interrogations sur la confiance – Mercier est espion, mais il ne se méfie pas une seconde d’Anna, alors qu’il ne sait pas grand chose d’elle, et inversement – ou même une notion d’anxiété, de tension… Ça manque au final de crédibilité, et comme tout se fait naturellement comme si les personnages savaient d’instinct quoi dire et quoi faire, le résultat véhicule à l’écran une lenteur presque étouffante.

La seconde partie s’avère nettement meilleure que la première et nous offre un Jean-François Mercier mélancolique terré dans une maison perdue en pleine campagne. Impossible de dire si cette évolution est présente telle quelle dans l’oeuvre originale où si c’est le jeu de Tennant qui rend le personnage beaucoup moins chiant, mais quelque chose est clairement différent. Éloigné des intrigues politiques et de tout ce qui occupait ses journées auparavant, Mercier broie du noir et regarde la poussière se déposer sur les meubles (j’exagère, mais c’est à peu près ça). Mais bizarrement, la mise en scène s’en trouve améliorée, et garder les yeux ouverts devant Spies of Warsaw paraît tout à coup beaucoup plus envisageable. L’ambiance de suspicion écrase un peu plus les personnages à mesure que la mise en scène change pour laisser transpirer une claustrophobie dérangeante à mesure que se profile la menace de l’invasion de la Pologne par l’armée allemande.

L'espionnage pour les nuls

En termes d’espionnage, certaines scènes de la première partie tombent presque dans la caricature. Sauf que cette caricature a l’air d’être pensée comme une vision sérieuse de l’espionnage… Qu’il s’agisse d’une rixe de rue de laquelle Mercier sort indemne malgré son gabarit très fin face à des grosses armoires à glace nazies entraînées à tuer, ou de la manière dont il échappe à ses ravisseurs en faisant exploser le réservoir d’essence d’une voiture qui COMME PAR HASARD fuyait copieusement (à noter également que les cigarettes allemandes sont impossibles à éteindre, même quand on les lance à 15 mètres). Bref, on n’y croit pas une seconde, même en essayant très fort ou en faisant comme si… Côté dialogues, c’est laconique et bref, dans un style à la limite du télégraphique, mais contribuent à leur manière à créer une ambiance où règne la paranoïa: tout le monde suspecte tout le monde d’être un espion, alors on en dit le moins possible. De ce côté là, même si c’est parfois un peu pénible de ne pas entendre prononcer plus de 30 mots par conversation, c’est réussi.

Chiffons & sacs à main

Côté costumes, c’est fidèle à la mode de l’époque. Peut-être même un peu trop si on considère le nombre de changements de style vestimentaire de Jean-François Mercier qui donne tout à coup une allure de Ken ou de mannequin mondain à David Tennant. On ne nous épargnera ni les costumes, ni les uniformes militaires, ni le style “campagnard” (le pull de laine et le béret n’ont jamais été aussi sexy !), ou encore la robe de chambre en soie, la tenue d’équitation, de camouflage… bref, trop de costumes, un peu comme s’il fallait absolument montrer à quel point la reconstitution était fidèle. Sur le papier, c’est très perfectionniste. A l’écran, c’est assez pénible, et on se demande quand est-ce que le personnage principal prend le temps d’aller à la pêche aux informations ? Sans doute entre deux essayages ultra-tendance…

On peut couper le son ?

Grosse parenthèse sur la bande son accompagnant les images, parce que c’est à mon sens LE point noir. Composée par Rob Lane (Merlin, Tess of the D’Urbervilles), l’ambiance sonore est pourtant celle des années 30 et correspond bien à cette période – le problème n’est pas là. Le problème c’est vraiment la bande son en elle-même, qui passée la trentième minute a une grosse tendance à se limiter simplement à des solos de trompette ou à des mélodies TOUJOURS dans les mêmes tonalités. Et comme si ça ne suffisait pas, la bande son souvent assourdissante pendant certaines scènes rend certains échanges à peine audibles…

Rating: ★★★☆☆
Avis: Très mitigé pour pas mal de détails – bande son insupportable, personnage principal insipide et histoire presque inexistante – mais quand même relativement positif pour l’effort de reconstitution qui a été fait à l’écran, aussi bien pour le côté historique que pour tout ce qui touche aux costumes et aux décors. La prestation de David Tennant sauve les meubles dès le début de la seconde partie, et on en oublie presque le manque de consistance du personnage; suffisamment pour vraiment apprécier le visionnage de cette mini-série.

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