Review: Agatha Christie’s Poirot (1989 – 2013)

Agatha Christie's Poirot (c) ITV

Agatha Christie’s Poirot (c) ITV
– diffusée entre 1989 et 2013 & à partir de 1991 en France –

Notre mois thématique « spécial vieilles séries » se poursuit avec la série Agatha Christie’s Poirot, adaptée des romans policiers d’Agatha Christie (créatrice également des aventures de Miss Marple ou du duo Tommy & Tuppence).

Adaptée pour la télévision par Clive Exton et réalisée par Brian Eastman, la série nous amène à suivre les aventures d’Hercule Poirot, un détective belge rusé auquel aucun mystère ne résiste bien longtemps. La série se compose de 13 saisons comprenant chacune une moyenne de 10 épisodes, pour un total de près de 70 épisodes. La diffusion britannique s’est étalée entre 1993 et 2001 sur la chaîne ITV, et a débuté en 2000 en France, sur France 3 puis sur TMC et TV Breizh.

Hercule Poirot, détective belge, n’a pas son pareil pour résoudre les enquêtes les plus délicates.

[ Allociné ]

Aussi loin que je réfléchisse, je crois que j’ai toujours connu Hercule Poirot. Bien avant de maîtriser la lecture, j’avais déjà fait connaissance avec lui dès son arrivée sur le petit écran, parce que c’était une série suivie assidûment par mes parents. Quelques années plus tard et comme à peu près tous les britanniques depuis des générations, j’ai entamé – plus ou moins de mon plein gré – la lecture des classiques de notre littérature, et donc de certaines œuvres d’Agatha Christie.

Ce qui me plaît autant avec Poirot, c’est qu’il n’est pas nécessaire de l’envoyer dans des lieux hors du commun pour le trouver aux prises avec un nouveau mystère : un assassinat sur un bateau de croisière, dans une maison en pleine campagne ou dans un spa… ; il n’y a pas vraiment besoin de faire entrer des éléments extraordinaires pour que le personnage soit exploitable. Et au final, Poirot est un héros aussi proche de nous qu’un Barnaby (Midsomer Murders) qu’un lieutenant Columbo, dans le sens où – décalage d’époque mis à part – on pourrait tout à fait se retrouver face à eux un jour, soit comme témoin d’un drame, soit comme potentiel suspect. C’est cette proximité combinée à des enquêtes crédibles qui m’a autant scotchée avec les aventures de ce détective, aussi bien sur papier qu’à l’écran.

Poirot emprunte beaucoup à Sherlock Holmes (créé par Arthur Conan Doyle), et de nombreuses similitudes existent entre ces deux personnages : l’action se passe au tout début du XXème siècle, les deux hommes opèrent depuis leurs appartements respectifs à Londres, chacun est accompagné d’un faire-valoir paraissant un peu « simple » à côté de ces deux génies – Holmes a Watson, Poirot a Hastings -, l’unique présence féminine récurrente est celle de l’hôtesse – Mme Hudson pour Holmes, Mlle Lemon pour Poirot -, et l’inspecteur en chef de Scotland Yard auquel a souvent affaire Poirot est au moins aussi étroit d’esprit que le Lestrade qui insupporte autant Holmes. L’originalité des deux personnage est également assez perturbante, un peu comme si posséder un esprit vif était forcément synonyme de traits de caractère spectaculaires (Poirot est un maniaque de l’ordre et de la propreté). La liste des similitudes ne s’arrête pas là, mais pour le personnage comme pour la forme du récit, Agatha Christie doit une fière chandelle a Conan Doyle.

Assez imbu de lui-même, se drapant souvent dans sa supériorité et parle de ce fait à voix assez basse en étant persuadé de dire des choses d’une telle importance que ses interlocuteurs feront l’effort de se taire et de tendre l’oreille pour entendre ce qu’il a à dire. Au premier abord, on ne peut pas considérer que Poirot est un personnage sympathique. Pire encore, il passe assez régulièrement pour un gros snob aux yeux de ceux qui n’ont pas encore suivi ses aventures ou qui ne savent pas déceler derrière ses pincements de lèvres et et ses haussements de sourcils des émotions nettement plus positives comme notamment sa gentillesse, sa sympathie, son côté comique ou encore son côté chevaleresque. Poirot est un personnage difficile d’accès, mais une fois que l’on voit clair dans son jeu… c’est un vrai régal !

Un personnage mythique bien incarné

David Suchet est un peu l’exact reflet du personnage de Poirot : court sur pattes, moustache dramatique (un peu ridicule de prime abord), tête d’œuf… Mais l’acteur britannique ne s’est pas arrêté là et a ajouté quelques petites choses en vue de rendre son incarnation de Poirot absolument singulière. On lui connaissait son sens de l’ordre et sa rigueur, sa loyauté, sa délicatesse et sa gentillesse. Suchet lui a donné un port de tête quasiment militaire, une démarche rigide et ressemblant légèrement au dandinement d’un pingouin mais qui ne l’empêche pas d’être capable de courir avec agilité lorsque la situation l’exige.

Au fil des saisons, ce personnage qui passe son temps à résoudre des énigmes se voit étoffé grâce aux romans desquels il est issu, c’est à dire qu’on ne se concentre plus seulement sur la manière de progresser de la scène de crime à l’identification de l’assassin, mais que l’on s’attarde également plus longuement sur le cheminement de Poirot et sur la manière dont il déverrouille la psychologie du meurtrier. Cela passe par un regain d’humanité qui lui donne davantage d’épaisseur et d’intérêt; Poirot n’est plus qu’un type lambda résolvant des énigmes, c’est également un homme impatient. Pour les habitués comme pour ceux qui le sont moins, il devient possible de percevoir l’amusement du personnage même lorsqu’il semble impassible. De la même manière, certains regards désapprobateurs, froncements de sourcils ou sourires lumineux sont absolument délicieux et rendent le détective encore plus réel, plus humain, et donc forcément un peu plus proche de nous.

Une véritable institution

La dernière aventure du célèbre détective Poirot a été diffusée le 13 novembre 2013, après 70 épisodes. David Suchet aura donc passé plus de 24 ans dans la peau de ce personnage mythique, et a aidé un héros vieillissant et en fauteuil roulant à tirer sa révérence dans cet ultime épisode où Poirot retournait sur les lieux de sa toute première enquête aux côtés de son ami Hastings.

Une fin émouvante pour ceux qui comme moi ont grandi avec les aventures du détective belge, et également pour un genre de séries policières comme on n’en fait plus, où la violence et le sexe ne sont pas le propos premier de la série et sont même bien souvent absents (ou tout juste suggérés) mais où on accorde beaucoup plus d’importance au cheminement intellectuel qui permet de déterminer qui a tué qui et pourquoi. Certains estimaient que Poirot était un style de série beaucoup trop vieillissant et qu’il fallait s’arrêter à ce moment-là avant que les audiences ne commencent à chuter. En réalité, Poirot état encore bien populaire, et sa dernière aventure a été suivie par près de 5.2 millions de personnes rien qu’au Royaume Uni; un score dont peu de séries actuelles dites « modernes » peuvent se vanter aujourd’hui…

Rating: ★★★★☆
Avis: Poirot est l’une des séries avec lesquelles j’ai grandi, et la voir s’achever a été vraiment douloureux (mais heureusement, il me reste mes DVD’s et mes livres !). C’est une série que je ne recommanderais pas à tout le monde, parce que le rythme de l’intrigue peut sembler lent à un habitué de séries types CSI ou NCIS, qui sont davantage une succession de scènes sans véritables lien entre elles qu’une réelle histoire dans laquelle on chercherait à impliquer le téléspectateur. Poirot fonctionne un peu comme un roman, et à ce titre je recommanderais d’abord la série aux fans de bons romans policiers – récents ou non. Je la recommanderais ensuite aux curieux / curieuses, ou à tous ceux qui aiment avoir les neurones en ébullition à force de suspecter tout le monde, mais qui finissent par tomber des nues au moment où la solution est dévoilée.

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