Review: Merlin “the Drawing of the Dark”

Merlin (c) BBC Cymru Wales Alexander Vlahos (Mordred) & Alexandra Dowling (Kara)

Merlin (c) BBC Cymru Wales
Alexandra Dowling (Kara) & Alexander Vlahos (Mordred)

On avait été habitué(e)s à pas mal d’approximations vis à vis des légendes arthuriennes de la part de Julian Jones et ses co-scénaristes, mais la prophécie révélée en tout début de saison laissant entendre qu’Arthur (Bradley James) mourrait de la main de Mordred (Alexander Vlahos) lors de l’ultime bataille qui les opposerait pour la conquête du trône de Camelot avait fini par rassurer les plus sceptiques vis à vis de l’intrigue de cette saison 5. Seulement pour en arriver là, il aura fallu laisser de côté à peu près tout ce que l’on savait de Mordred pour faire de lui un druide puissant, discret, difficile à cerner, et possédant un regard capable de vous glacer le sang. Chevalier de Camelot alors qu’il n’avait aucune ascendance lui permettant de prétendre à ce rang – de la même manière que Gwaine (Eoin Macken), qui n’était qu’un brave paysan avant de devenir chevalier – et apprécié de ses frères d’armes pour sa loyauté et son dévouement au roi Arthur. Apprécié du Roi, contrairement au Mordred des légendes… Exit – donc – le fils incestueux et les tentatives d’éloignement du Roi rongé par le remord. Mais en revanche, la bataille de Camlann aura bien lieu. Nous voici donc rassuré(e)s.

L’épisode débute avec la découverte d’un camp anglo-saxon non loin de Camelot par Arthur et ses chevaliers. “Non loin de Camelot” – premier élément louche. Les habitants de ce camp ont tous été criblés de flèches, et il ne semble plus y avoir âme qui vive en dehors d’une silhouette encapuchonnée qui prend la fuite assez rapidement après avoir été aperçue par les chevaliers. On repère là l’une des ficelles essentielles des scénaristes, à savoir qu’il semble que dans Merlin, les seules personnes déambulant avec une capuche sur la tête sont ou des sorciers, ou des druides… Si si, en vérifiant vous ne trouverez personne d’autre qui soit un adepte de la cape avec capuche toujours relevée dans Merlin. Ca, combiné au fait que Mordred, ayant pris en chasse cette mystérieuse silhouette, reconnaisse une certaine Kara, fille de druide directement issue de son passé. Et là, on se demande assez rapidement ce qu’un tel personnage fabrique dans un royaume où la sorcellerie n’est pas exactement perçue de manière positive… Ne pouvant se résigner à passer par le fil de son épée une amie, Mordred la laisse filer dans les bois peu avant que les autres ne le rejoignent. Vous avez dit louche ? On comprend donc assez rapidement qu’après un épisode essentiellement centré sur Merlin, celui-ci sera centré sur Mordred.

Ne pouvant se résoudre à laisser celle qui semble être un peu plus qu’une amie seule et blessée en pleine forêt, Mordred vole de quoi la soigner dans le laboratoire de Gaius et rejoint Kara (Alexandra Dowling) dans un coin reculé de la forêt. L’intrigue commence à se dessiner peu à peu, nous amenant à nous demander si l’amour peut être une raison suffisante de trahir Arthur… Les choses se gâtent ensuite assez rapidement, mais pas pour les raisons que l’on pense. On savait depuis le début que Merlin avait vu que Mordred laissait filer Kara et que cet acte louche n’avait fait que renforcer les soupçons qu’il nourrissait à l’égard du chevalier. A partir de là, on se demandait s’il ne finirait pas par tenter quelque chose de lui-même pour “régler le problème” et ainsi faire en sorte que Mordred soit définitivement éloigné de Camelot, ceci afin qu’il ne puisse jamais affronter Arthur ou attenter à sa vie. Seulement, personne n’avait prévu que la présence de Kara serait découverte autrement que par le biais d’un Merlin beaucoup trop paranoïaque depuis le milieu de saison, et ce furent de banales empreintes de bottes dans la terre humide de la forêt qui amenèrent Arthur jusqu’à la cachette de la jeune femme… On peut effectivement appeler ça une erreur de débutant.

Les évènements s’enchaînent ensuite de manière inéluctable et Kara, aveuglée par une haine sans nom à l’égard d’Arthur, tente de l’assassiner. Ce qui lui vaut d’être jetée aux cachots, jugée coupable de trahison et de tentative d’assassinat sur la personne du Roi, et condamnée à la pendaison sur la place publique. Ce qui place le jeune Mordred face à un dilemme: choisira-t-il d’aller parler à Arthur pour demander à ce que soit épargnée la vie de sa bien-aimée, ou préfèrera-t-il conserver son statut de chevalier et la voir disparaître ? Dans le premier cas, cela supposerait de dévoiler ce qu’il s’efforce de cacher depuis le départ – ses pouvoirs et ses liens avec les druides – ce qui l’amènerait inévitablement à finir dans le cachot jouxtant celui de Kara. Dans le second cas, conserver son statut impliquera de la laisser mourir en restant les bras croisés… ce qui semble très nettement au-dessus de ses forces. Le dilemme pratiquement posé dès le début de l’épisode amène Mordred à retourner la situation dans tous les sens et à examiner toutes les possibilités malheureusement sans grand succès, parce que dans un cas comme dans l’autre, il finira par perdre quelque chose. Et on ne peut pas vraiment dire que le discours de Kara l’aide d’une quelconque manière puisqu’elle se complait à déverser un flot ininterrompu de reproches à l’égard Arthur vis à vis de la manière dont il persécute les siens.

Semblant peu à peu passer sous la surface de l’eau, Mordred finit par aller supplier Arthur de laisser une chance à Kara de se repentir. Tentative qui se soldera par un échec, comme prévu, et qui amènera Merlin à envisager une nouvelle possibilité: et si la mise à mort de la jeune femme se révélait être l’élément déclencheur du heel-turn de Mordred ? Jusque là, tous les soupçons de trahison qu’il avait pu nourrir à son égard se sont révélés n’être que de faux semblants ou autres erreurs d’interprétation. Merlin tente alors d’intercéder en la faveur de Mordred auprès d’Arthur, amenant ce dernier à offrir une dernière chance à Kara d’échapper à la pendaison… et malheureusement celle-ci n’en fait rien, scellant son destin, et également celui de Mordred. Parce qu’exploiter les liens d’amitié avec Arthur s’est révélé inefficace au possible, Mordred se décide donc à la sortir lui-même de cellule et à quitter le royaume de Camelot pour la mettre en sécurité.

Alors qu’il tente de fuir le château avec la jeune femme, on ne peut s’empêcher de se demander de quel côté prendre parti. Est-ce qu’il faut comprendre que des frères d’armes puissent pourchasser l’un des leurs parce qu’il aura choisi d’écouter son coeur plutôt que de suivre un code d’honneur auquel il n’aurait en principe jamais du être soumis (n’étant qu’un simple paysan, Mordred n’aurait en effet jamais du être chevalier), ou faut-il comprendre que l’on puisse tout remettre en question pour sauver la personne que l’on aime d’une mort certaine ? La question restera sans réponse; chacun étant libre de se faire sa propre opinion, mais il semble que du côté des spectateurs, la tendance ait été à la compréhension des agissements de Mordred et de leur motivation. Peut-être parce que le fait de faire entrer dans l’équation des sentiments amoureux rend tout de suite le traître – appelons le par son nom véritable – plus humain que s’il avait simplement retourné sa veste pour une simple question de course au pouvoir (voir Agravain, l’oncle d’Arthur, dans la saison 3) ou pour une question de richesse. Alexander Vlahos et Alexandra Dowling ont une telle alchimie à l’écran que l’on est obligé d’éprouver ne serait-ce qu’un tout petit peu d’espoir vis à vis d’une résolution heureuse de la situation, l’un se trouvant matériellement déchiré entre la défense d’une représentante de sa propre espèce et son devoir, et l’autre, qui ne souhaite rien de plus que de mourir pour sa cause, même si cela implique de tenir un discours que l’on sent formaté car pas exactement approprié à la situation.

En cinq saisons, Merlin a toujours été le personnage auquel se fier en cas de doute. Dans “the Drawing of the Dark”, nombre de ses actions sont discutables et Gaius, la figure paternelle qui n’hésite pourtant jamais à le rassurer ou à l’épauler, en vient à souligner une certaine hypocrisie de sa part. Les rôles s’inversent, la présence à l’écran de Merlin autant que le nombre de ses répliques diminuent au profit d’une augmentation du temps de parole de Mordred, ne laissant au héros en titre de la série que quelques maigres répliques et scènes muettes où tout passe – et de manière incroyablement efficace – par le regard de Colin Morgan – un procédé de mise en scène qui aurait pu exploité plus tôt dans la série, et qui aurait pu apporter bien plus que la simple exploitation du potentiel “clown malgré lui” de Merlin. Dans la seconde moitié de l’épisode, Merlin passe le plus clair de son temps à essayer d’aplanir les choses entre Arthur et Mordred en prenant conscience des dommages que pourrait occasionner la colère de ce dernier si son amie venait à être pendue. D’abord dûr de faire les bons choix et d’avoir bien cerné Mordred, Merlin devint indécis et perd le contrôle de la situation dès le moment où il prend enfin conscience de ce qui est sur le point de se produire. La prestation de Colin Morgan est à ce titre excellente.

La fin de cet épisode nous laisse avec un Mordred aveuglé par la colère et par le chagrin, fuyant le royaume de Camelot et la cellule dans laquelle on l’avait enfermé en attendant de décider de son sort. Sa destination ? Les ruines d’une ancienne forteresse, bien au nord de Camelot, où il sait qu’il trouvera Morgana (Katie McGrath), la seule personne ayant les mêmes intérêts que lui concernant Arthur… et Merlin. Dans une scène où l’on retient son souffle, Mordred dévoile à la jeune femme la véritable identité d’Emrys, un personnage qui l’obsède depuis suffisamment longtemps pour l’avoir poussée à enlever et torturer divers personnages depuis une saison et demi (on peut citer notamment Alator, le druide, dans “the Kindness of Strangers“). Une révélation qui démultiplie les possibilités de final pour cette saison où les scénaristes n’auront eu de cesse de nous laisser pantelants dans l’attente de la suite…

Rating: ★★★★☆
Avis: Un très bon épisode-charnière dans l’évolution de l’intrigue, qui nous présente de manière à la fois crédible et intelligente l’évolution de Mordred et son passage du côté des ennemis d’Arthur. La seule chose que l’on pourrait reprocher d’une manière plus globale serait de ne pas avoir mené l’intrigue globale de la série depuis son commencement avec autant de subtilité et de n’avoir trouvé de véritable rythme de croisière narratif qu’à partir de la cinquième saison. Ce constat laisse – malgré un excellent épisode – un goût assez amer… Reste à voir jusqu’où les scénaristes nous emmèneront avec l’épisode final en deux parties, et si la fin sera à la hauteur compte tenu de tout ce que l’on a déjà vu jusqu’ici.

Diplômée en Marketing / Communication et en Médiation culturelle, elle est Editrice Web et Geek à temps plein pour Britishg3eks comme dans la vie réelle. Rompue à l’exercice du reviewing et de la traduction dans le domaine du sports entertainment, passionnée de jeu de rôle et de street art, mauvaise guitariste et longboardeuse débutante, elle parcourt l'Europe et arpente villes et festivals un appareil photo à la main.

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