Review: Game of Thrones « And now, his Watch is ended »

Game of Thrones (c) HBO

Game of Thrones (c) HBO
Conleth Hill (Lord Varys) et Peter Dinklage (Tyrion Lannister)

Depuis le début de cette saison 3, nombreux ont été les clins d’oeil aux saisons précédentes. Avec cet épisode 4 « And now, his Watch is ended », on peut pousser un peu plus en avant les remarques d’ordre général, avec des acteurs à présent confortablement installés dans leur rôle et pleinement aptes à les incarner à l’écran. Autour d’eux évoluent de nouveaux personnages qui ne sont pas en reste côté talent, et viennent renforcer le casting de Game of Thrones. Nouveaux décors également, nouvelles armoiries, effets spéciaux encore plus époustouflants, le tout dans un enchaînement de scènes et à un rythme prenant, grâce à la densité du récit du troisième tome de la saga A song of Ice and Fire.

Au fur et à mesure que la saison 3 s’installe, on constate l’effort supplémentaire apporté à l’écriture autant qu’à la réalisation, nous proposant une alternance entre les scènes spectaculaires et d’autres plus intimes mais toutes aussi importantes et bien traitées. En comparaison, ces scènes plus intimistes avaient tendance à être expédiées assez rapidement dans les deux saisons précédentes, et les mini-histoires annexes avaient souvent tendance à disparaître. Pour cette saison bien au contraire, on ne manque rien, qu’il s’agisse de la brioche en forme de loup ou des performances incroyables de Pod… En somme après deux saisons de plantage de décor, on est davantage dans l’observation de la manière dont les personnages vivent et évoluent, Game of Thrones a su trouver son rythme et mûrir.

On peut également résumer ce début de saison en quelques mots, « peu importe nos ennuis, il y a quelqu’un qui vit pire ailleurs ». Et cela devient un peu plus vrai au fur et à mesure que l’on progresse dans la saison 3. L’épisode s’ouvre sur Jaime (Nicolaj Coster-Waldlau) et sa main tranchée qu’un homme délicat a eu la bonne idée de lui attacher autour du cou au bout d’une ficelle. Pour une fois, il n’aura pas fallu attendre longtemps pour connaître la suite immédiate de la fin de l’épisode précédent, et j’ai trouvé ça vraiment appréciable. Jaime connait diverses péripéties vraiment crades – boue, urine de cheval… – et se fait également passer à tabac et humilier, choses qu’il n’a sans doute jamais connu jusqu’ici. Perdre la main qui lui a valu cette réputation et ce surnom de Kingslayer était en soi une épreuve de taille, mais ajouter à tout cela les humiliations de ses geôliers permet – au delà de susciter la pitié – de faire apparaître Jaime sous un autre jour.

Game of Thrones "and now his watch is ended"

Gwendolyne Christie (Brienne de Tarth)

Bien sûr, il s’agit toujours de l’immonde salaud qui a jeté Bran (Isaac Hempstead-Wright) du haut d’une tour pour préserver la clandestinité de sa relation incestueuse avec sa soeur, mais ses récentes mésaventures, la malchance dont il joue et son incapacité toute récente à se débrouiller seul avec une épée nous invitent à considérer le personnage sous un angle nouveau. Nous n’avons jusqu’ici pu suivre ce personnage qu’à travers le prisme des Stark, pour lesquels tout est ou tout blanc ou tout noir. Jaime est le parfait exemple du personnage évoluant entre ces deux extrêmes, on ne peut pas considérer qu’il est complètement dépourvu d’honneur ou de morale justement parce qu’il a choisi d’intervenir pour préserver l’honneur de Brienne (Gwendoline Christie) avec un mensonge monté de toute pièce pour la sauver de la bande de soudards prêts à lui passer dessus dans l’épisode précédent – Brienne elle-même se montre d’ailleurs reconnaissante à ce sujet, mais sans plus. Difficile en effet d’oublier tout ce que l’on sait de Jaime Lannister après une bonne action… Le jeu de Nicolaj Coster-Waldlau est à la hauteur du bouleversement que subit son personnage: un coup de couteau à suffit à rendre parfaitement inoffensif l’homme réputé jusqu’ici comme l’un des plus dangereux de Westeros. Mais cela ne suffit pas non plus à le rendre sympathique…

De l’autre côté du mur, la tension devient de plus en plus palpable entre l’égoïste (et immonde, et brutal, et…) Craster et les hommes de la Night’s Watch rescapés du raid qui a décimé la majeure partie d’entre eux. Les estomacs vides et l’insuffisance de nourriture n’aident en rien à améliorer l’ambiance, et très rapidement les esprits s’échauffent. Les provocations de Craster ainsi que le fait que tous le soupçonnent de cacher de la nourriture pour ne pas la partager déclenchèrent une mutinerie que le commandant Mormont fut incapable d’enrayer à lui tout seul. Le leader trouva la mort et Sam (John Bradley) profite de ce chaos pour retrouver Gilly (Hannah Murray), la jeune maman, et prendre la fuite… Une idée pas vraiment grandiose même sur le papier, surtout lorsque comme Sam, on est difficilement capable de réussir rester en vie sans aide extérieure… alors pour ce qui est d’une jeune femme et d’un nourrisson ! Des évènements qui se coordonnent plutôt bien avec l’arrivée de Mance Ryder (Ciarán Hinds) et de ses hommes aux abords du Mur qui ne sera donc plus défendu par grand monde – voilà ce qui arrive lorsque l’on confie la sauvegarde d’un royaume à une bande de hors la loi.

Beaucoup plus loin, Theon Greyjoy (Alfie Allen) chevauche avec son mystérieux bienfaiteur (Iwan Rheon) pour rejoindre les hommes de sa soeur et sortir de l’enfer qu’il vient tout juste de quitter. On en apprend davantage sur son ressentiment à l’égard des Stark, sa jalousie à l’égard de Robb, les exactions perpétrées pour lui permettre de garder Winterfell comme trophée personnel malgré les ordres de son père à ce sujet.

“My real father lost his head in King’s Landing. I made a choice, and I chose wrong.” ~ Theon Greyjoy

Les deux hommes arrivent finalement à une forteresse et s’y introduisent dans le plus grand silence, sans croiser personne. La suite est cruelle pour Theon, lorsqu’il découvre que son « bienfaiteur » ne l’a aucunement aidé à rejoindre les hommes de sa soeur, mais l’a simplement ramené dans la cellule qu’il venait à peine de quitter… Des hommes armés ne tardent d’ailleurs pas à surgir pour lui remettre ses entraves, en dépit du hurlement de désespoir du prisonnier, après que l’autre expliquait aux gardes que Theon avait tué ceux qui l’avaient pris en chasse alors qu’il est le seul responsable de ces morts. On cherche encore à voir où tout ceci va nous amener… Lorsqu’il est question d’honneur dans Game of Thrones, le nom de Theon n’est mentionné que comme le pire exemple existant en la matière. C’est sans doute pour cela qu’on peut éprouver un minimum de compassion pour le cas de Jaime parce qu’une action désintéressée permet de semer le doute concernant sa véritable nature, et à trouver complètement justifiées les tortures infligées à Theon, qui n’a jamais fait preuve de la moindre once d’honneur ou de décence. Conclusion cruelle, mais parfaitement assumée.

Arya Stark (Maisie Williams) et ses pérégrinations nous permettent d’en apprendre un peu plus sur la Fraternité sans bannière qui compte dans ses rangs un prêtre au service du Lord of Light (tout comme Melisandre, la prêtresse rouge) en la personne de Thoros (Jory Cassel). On avait vu dans la saison 1 un certain Beric Dondarrion missionné par Ned Stark pour tuer Gregor Clegane, le frère de Sandor « the Hound » Clegane. C’est donc le retour de Beric à l’écran, pour le plus grand plaisir du Hound – ou pas – et pour énoncer la longue liste des crimes de ce dernier. Arya n’a pas grande utilité dans cet épisode, et elle ne fera d’ailleurs qu’ajouter un chef d’accusation au long palmarès de Clegane qui tua son ami Mycah dans la première saison . Autant d’accusations qui laissent l’homme indifférent, dans la mesure où il n’estime pas moins valoir que ces déserteurs qui prétendent vouloir rendre la justice.

“Stark deserters, Baratheon deserters. You lot aren’t fighting in a war, you’re running from it.” ~ Sandor « The Hound » Clegane

La culpabilité ou non du Hound sera déterminée par combat, ce qui semble être une coutume à Westeros (pour rappel: Tyrion en était également passé par là sous les yeux de Lady Arryn, dans la première saison). Là encore, le personnage et ses contrastes apparaissent en pleine lumière et sont l’occasion d’un rapide retour en arrière sur les différences actions accomplies, parce que même si ne sont mentionnés que les faits cruels et sanglants, nous avons déjà pu voir le Hound faire preuve de compassion (en sauvant Sansa Stark) et d’honneur (en protégeant Lorras contre son frère). Mais le procès par combat aura bien lieu, et celui qui affrontera l’accusé ne sera autre… que Beric lui-même, qui en véritable leader ne confie pas cette tâche à un subordonné.

Game of Thrones "and now his watch is ended"

Diana Rigg (Lady Olenna Tyrell)

La constante de cet épisode, c’est la présence à l’écran de Lord Varys (Conleth Hill) qui voit son temps de présence quasiment triplé par rapport à d’habitude (sans compte tous les épisodes où il n’apparaissait pas). Cela commence par quelques révélations sur la manière dont il est devenu eunuque et sa jeunesse pas vraiment enviable pour pas mal de raisons, alors qu’il tourne autour d’une grosse caisse qu’il ouvre petit à petit en prenant son temps, et cette scène avec Tyrion (Peter Dinklage) se transforme peu à peu en une sorte de fable sur la vengeance et sur le fait qu’il vaut mieux patienter pour lui laisser le temps de se produire plutôt que de se précipiter et de mal faire. Et dans cette caisse qu’il déballait avec minutie, la caméra nous laisse entrevoir un vieillard décati qui n’est autre que le vieux sorcier dont parlait Varys… preuve que la vengeance peut être savoureuse même après une longue attente. Davantage de Varys à l’écran, c’est également davantage de détails croustillants à se mettre sous la dent puisque l’eunuque et son tempérament placide suscite les confidences assez spontanément: il s’entretient avec Ros (Esmé Bianco) sur les performances sexuelles de Pod (un grand moment !) avant de finalement dévier habilement la conversation sur les intentions de Littlefinger (Aiden Gillen) envers Sansa (Sophie Turner), mais finalement la scène la plus longue et la plus intéressante reste celle au cours de laquelle il s’entretient avec Lady Olenna (Diana Rigg) en lui faisant part de ses inquiétudes vis à vis des manigances de Littlefinger à l’égard de Sansa. Ce qui est appréciable avec Varys, c’est qu’à partir de détails apparemment insignifiants il parvient à se figurer les grandes lignes de plans subtils que d’autres n’ont pas réussi à deviner avant lui.

Game of Thrones "and now his watch is ended"

Nathalie Dormer (Margaery Tyrell) et Sophie Turner (Sansa Stark)

La relation Margaery (Natalie Dormer) / Sansa se développe, faisant d’elles des soeurs ou quelque chose s’en approchant grandement. Margaery va même jusqu’à offrir son frère Loras comme époux potentiel à sa nouvelle amie et l’invite à venir découvrir Highgarden à l’occasion, estimant que tout là-bas lui plairait. Après tous les éléments négatifs portés à l’écran cette semaine, cette proposition faite à Sansa est le premier rayon de soleil de l’épisode. Mais Joffrey (Jack Gleeson) n’est jamais bien loin, et là c’est un tout autre visage que Margaery nous offre, habile manipulatrice feignant un intérêt pour la chasse, puis les animaux morts pour ensuite accompagner Joffrey dans la crypte de la citadelle. Cersei (Lena Headey) surveille sa progéniture du coin de l’oeil mais Joffrey lui échappe, modelé par les mains de Margaery comme un morceau de glaise. La scène où la jeune femme le convainc de sortir saluer le peuple sans garde illustre d’ailleurs à merveille la perte d’influence de Cersei sur son fils, et le triomphe de Margaery: derrière son air naïf et ses grands sourires, la jeune femme s’assure une place plus importante à la tête de King’s Landing… le jeu est dangereux, et la manoeuvre habile. Cersei, justement, va trouver son père Tywin Lannister (Charles Dance) pour lui faire part de ses inquiétudes. Les Tyrells sont un problème parce qu’elle n’approuve que difficilement que qui que ce soit d’autre qu’elle puisse contrôler son fils – si on peut considérer qu’elle ait eu un quelconque contrôle sur son fils durant toutes ces années.

La fin de l’épisode nous ramène du côté de Wessos, avec Daenerys (Emilia Clarke) obtenant enfin son armée. Le fouet doré obtenu en échange de son plus robuste dragon, plus rien ne l’empêche de marcher vers Westeros pour réclamer ce qui lui est du. La supercherie concernant sa non-compréhension du valyrien s’effrite progressivement, et Kraznys comprend un peu tard qu’aucune des insultes adressées à la jeune femme ne lui ont échappé, tout comme le fait que demander un dragon en paiement pour les Sangs-Coureurs n’était peut-être pas une bonne idée… Avec une manière de s’exprimer très entraînante, Daenerys harangue la foule. Son changement d’avis concernant l’utilisation d’une armée d’esclaves prend tout son sens lorsqu’elle donne son premier ordre à l’armée qu’elle commande: tuer les maîtres, les soldats et ne tuer aucun enfant.

“A dragon is not a slave.” ~ Daenerys Targaryen

Et comme conclusion logique de sa petite explication, le feu jaillit de la gueule du dragon au commandement de sa maîtresse (Dracarys, yeah !). S’en suit une véritable boucherie qui ne gâche pourtant rien à la beauté des dernières minutes de cet épisode, et notamment lorsque Daenerys émancipe ses 800.000 soldats nouvellement acquis, invitant ceux qui le désirent à partir sans risquer de représailles, et n’en perd aucun dans la manoeuvre. C’est donc avec une armée de soldats libres – une notion chère à la jeune femme – que Daenerys quitte Astapor.

Rating: ★★★★★
Avis: Un épisode grandiose comprenant sa dose de bouleversements et d’humour et de scènes époustouflantes. Mention spéciale à la scène finale avec Daenerys ou à la rencontre entre Varys et Olenna Tyrell. De nombreux masques sont tombés (le pseudo-ami de Theon), des plans ont été découverts (les manigances de Littlefinger), des liens nouveaux se sont développés (Margaery et Sansa, mais aussi – et même si le lien n’est pas complètement honnête – Margaery et Joffrey)… Autant de rebondissements qui laissent présager de quelques bouleversements pour la suite.

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