Review: Doctor Who “the Time of the Doctor”

Doctor Who (c) BBC

Doctor Who (c) BBC
Matt Smith (le Doctor) & Jenna Louise Coleman (Clara)

Doctor Who est un mastodonte indétronable des grilles de programmes de la BBC depuis son retour sur les écrans il y a 8 ans, sous les traits de Christopher Eccleston (Heroes, Blackout, et récemment dans Thor: the Dark World). En 8 ans, beaucoup de choses se sont passées, incluant de multiples changements d’incarnations du Doctor, de son (ses) compagnon(s), l’apparition de nouveaux ennemis ou la réapparition des plus anciens… ; un changement de showrunner, de rythme de diffusion… Un peu comme pour marquer le changement, mais avec malgré tout une certaine continuité dans la série. 

Je me suis longuement demandé si j’aurais la force de rédiger cette review du début à la fin ou si, la lassitude aidant, je laisserais ma place aux autres mordues de Doctor Who que compte notre petite équipe. Rapidement, je me suis dit que c’était un épisode spécial, que c’était également le départ de Matt Smith (Secret Diary of a Call-girl, Womb, et bientôt à l’affiche de How to catch a Monster) que je commençais tout juste à apprécier dans le rôle et qu’il fallait que je rédige un petit quelque chose pour l’occasion.

On prend les mêmes, et on recommence.

“The Time of the Doctor”, c’est une espèce d’épisode greatest hits / pot-pourri de tout ce qui a été fait ou dit avant, avec de fausses révélations, des ennemis multiples, beaucoup d’humour, et vraiment peu de choses intéressantes ailleurs que dans les 15 dernières minutes. Je m’étonne moi-même d’avoir réussi à écrire cette phrase, mais maintenant que c’est fait, allons-y: je me suis profondément ennuyée devant l’épisode de Noël de cette année. Pourtant, ce n’était pas faute de bonne volonté de ma part ou de mauvaise disposition vis à vis du dernier épisode de la série diffusé: non, l’épisode spécial des 50 ans était bon, et toutes les conditions étaient réunies pour que j’apprécie un bon épisode de Doctor Who. Oui mais voilà: à la place d’un épisode bien écrit, on nous a servi… ça. Ou plus précisément, une espèce de gloubi-boulga galactique enrichi en nostalgie, et très pauvre en cohérence.

Wooden Cybermen... (euh... ouais)

Wooden Cybermen… (euh… ouais)

Le synopsis est assez court et rappelle un peu celui de “the Pandorica opens” (S05E12), qui avait lui aussi vu se masser en toute fin de saison l’ensemble des ennemis du Doctor (Matt Smith) à l’occasion de quelques affrontements. Comme ça avait plutôt bien fonctionné en termes d’audience et que ça avait pas mal tiré sur la corde sensible, Steven Moffat a remis ça avec “the Time of the Doctor”: depuis une planète absolument insignifiante et à travers tout l’espace, un signal mystérieux est envoyé dans l’espace et le temps, provoquant l’arrivée à proximité de tous les grands méchants de l’histoire de la série (Daleks, Cybermen, Sontaran, Weeping Angels, -ajoutez ce que vous voulez- …) ainsi que le Doctor. Voilà pour les bases de l’histoire. A partir de là, il ne se passera absolument rien jusqu’à environ la trentième minute, lorsqu’on apprend que cette planète est en réalité Trenzalore. Planète où le Doctor reposera dans un avenir plus ou moins lointain, sauf si ça change d’ici 3-4 épisodes.

On nous laisse également entrevoir une fissure dans un mur qui nous rappelle inévitablement celle de “the Girl who waited” (S06E10) qui zébrait l’un des murs dans la maison d’Amy Pond (Karen Gillan). Fissure qui normalement s’était refermée… mais en fait… non. On reprend la même, et on recommence: cette fissure dans l’espace-temps doit permettre aux Seigneurs du Temps de revenir dans cette réalité si toutes les conditions sont réunies, et notamment lorsque le Doctor prononcera son véritable nom pour assurer que la voie est libre et qu’ils ne craignent rien. Donc pas maintenant, compte tenu des hordes d’ennemis massés autour de la planète Trenzalore.

Mais que s’est-il donc passé pendant la première demi-heure de cet épisode exceptionnellement long d’une heure complète (comme l’épisode spécial des 50 ans) là où un épisode n’excède que très rarement 45 minutes ? Rien de bien transcendant, en fait: Moffat a jeté pèle-mêle quelques révélations au parfum de “ah oui, on peut tenter de l’expliquer comme ça” qui tenaient plus de l’invention de dernière minute que de pistes réellement scénarisées sérieusement. Le Doctor renvoie Clara sur Terre pour la protéger et décide de rester sur Trenzalore pour protéger ses habitants et la fissure. Dans le premier cas c’est tout à fait crédible, mais pour ce qui est de la “protection de la fissure”, on imagine assez mal qui pourrait détruire une fissure dans l’espace-temps maintenant que l’on sait à quel point il est complexe de la refermer…

Sont ensuite balancés les uns après les autres les éléments suivants concernant:

  • la fissure: le Doctor reste sur Trenzalore pour protéger ses habitants, mais lorsqu’il prétend y rester pour protéger la fissure… ça devient comique, parce qu’une fissure dans l’espace-temps ne disparaîtra pas si le mur sur lequel elle est visible est détruit. Après, je dis ça…
  • Christmas: le village où s’installe le Doctor sur Trenzalore. On ne développera aucun personnage secondaire, et donc – très logiquement – on ne s’attachera à personne alors qu’à l’inverse, les habitants du village se sont attachés au Doctor. La relation déséquilibrée confirme bien que le Doctor reste pour protéger des anonymes… qui sont anonymes jusque dans le scénario (au moins, c’est constant…).
  • Tasha Lem, ou River Song²: dialogues, attitude, caractère bien trempé, absence de vieillissement, aptitude à piloter le TARDIS… je cherche encore un élément pour me persuader que Tasha n’était pas un clone de River sous une autre apparence, mais même en me forçant j’ai du mal.
  • le TARDIS, qui a du subir un sérieux upgrade parce qu’elle est à présent programmable à volonté. Ca, ça va être pratique pour cacher les futures incohérences, hop on télécommande le TARDIS et tout est bien qui finit bien…

Le retour des Seigneurs du Temps

L’épisode spécial de Noël nous avait laissé avec plusieurs interrogations de taille. Dans un premier temps, il y avait ce War Doctor incarné brillamment par John Hurt qui devenait de fait le Doctor 8.5, ou 9ème Doctor plus précisément, et perturbait la continuité des incarnations du Doctor telles qu’on les connaissait. Découlant très logiquement de ce souci de numérotation des incarnations des Doctors, resurgissait l’une des règles fondamentales de la série datant des tous premiers épisodes qui voulait que les Seigneurs du Temps ne puissent pas se régénérer au-delà de leur treizième incarnation.

J’avais à la fois été positivement surprise et effrayée à l’idée que Moffat s’attaque aux fondements de la mythologie de Doctor Who, parce qu’il peut faire d’excellentes choses (je cite Sherlock comme je pourrais citer certains épisodes brillants écrits pour Doctor Who lorsque Russel T. Davies était encore showrunner) comme des choses absolument effroyables… Avec ces deux problématiques soulevées dans l’épisode spécial des 50 ans et l’annonce de l’identité de l’acteur incarnant le nouveau Doctor, on savait déjà qu’il y aurait quelque chose, un truc, n’importe quoi pour justifier que le Doctor se régénère une nouvelle fois alors que ce n’était techniquement pas possible. La seule chose à déterminer, c’était de savoir précisément comment et pourquoi cela se ferait.

Il y avait tellement à imaginer ou à faire pour justifier une dérogation à cette règle des 13 incarnations ! Mais non, tout a été suggéré, il n’y aura eu qu’une brève supplique de Clara pour que les Seigneurs du Temps (ou plutôt leur Conseil) accordent un nouveau cycle de vie au Doctor, provoquant ainsi sa régénération. Et tout cela s’est passé grosso modo en 3 minutes à l’écran, à peine. Pourquoi précipiter les choses ? Pourquoi ne pas avoir organisé autrement la seconde moitié de cette saison 7 pour que les choses arrivent de manière un peu moins précipitée ? Et pourquoi est-ce que globalement tout cet épisode était lui-même blindé d’incohérences mais en créeait autant d’autres rétroactivement dans des épisodes déjà diffusés ? Je pense notamment à “Let’s Kill Hitler” (6×08) où le Doctor évoquait sa prochaine régénération alors qu’il aurait normalement du savoir qu’il allait mourir.

Quand on m’a demandé ce que j’avais pensé de l’épisode de Noël… (oui oui: Silence has fallen…)

La saison 7 au final, c’est plein d’éléments nouveaux qui s’ajoutent et s’empilent sur des éléments plus anciens que l’on pensait tous certains, et auxquels on se fiait… et Moffat fait voler le tout en éclat sans prévenir, proposant quelque chose d’encore plus grand, d’encore plus impressionnant, d’encore plus sensationnel, et on se dit “ce type est génial, son cerveau est fantistique !” pendant qu’il s’applique à soigneusement écrouler un chateau de cartes qu’il a lui-même monté dans la précipitation parce qu’il trouve que celles des étages inférieurs seraient du plus bel effet si on les remontait de quelques étages. Image de la pyramide qui m’amène à conclure que les deux dernières saisons – faute d’intrigue globale non modifiable en fonction de l’humeur du showrunner – sont une seule et même pyramide inversée qui ne repose plus que sur une seule carte: Matt Smith, qui a  fini par trouver son rythme, et qui est réellement le seul véritable point de continuité d’une histoire à géométrie variable – un peu comme une boule de pâte à modeler entre les mains de son scénariste – et le seul élément auquel se raccrocher pour essayer de suivre un peu ce qui se passe dans la série.

Cette pauvre Clara...

On ne savait que très peu de choses d’elle en dehors du fait qu’elle cuisinait mal et était un petit génie de l’informatique. Dans cet épisode, il se passe quelque chose de magique parce qu’on a subitement décidé… de développer son personnage, hop, comme ça, en un claquement de doigts ! POUF ! On rencontre sa famille, on apprend qu’elle a menti en s’inventant un petit-ami, qu’elle a l’air cool comme ça mais qu’en fait elle aime que tout soit sous contrôle (merci le filtre de vérité sur Trenzalore). Ce n’est pas complètement inintéressant, mais ça aurait pu ou intervenir bien avant (Clara est quand même là depuis une saison et demi, hein…) ou après, parce que manque de pot: ce n’est absolument pas le bon moment pour tout ça.

Mais parallèlement à cet afflux soudain de détails sur le background de Clara, le personnage pourtant malin / intelligent passe un peu pour la potiche de service, notamment dans sa scène finale avec le Doctor, où elle se confond dans le décors parce que le Doctor hallucine et vit quelque chose d’émouvant avec Amy, son ANCIENNE compagne. Et Clara ? Oh bah rien, Clara fait la plante verte, on ne la regarde pas, on ne l’écoute pas, on ne lui parle pas… Jusqu’ici, les adieux d’avant-régénération avaient toujours été spéciaux et émouvants parce qu’on les vivait la plupart du temps du point de vue du compagnon. Dans cet épisode, j’ai été davantage émue par l’apparition de Karen Gillan et de mini-Pond que par les trois mots d’adieu échangés juste avant l’apparition de Peter Capaldi après régénération.

Pour moi, Karen Gillan n’avait rien à faire dans cet épisode. Pas parce que je n’aime pas cette actrice ou son personnage. Pas non plus parce que je préfère Amy à Clara. Mais simplement parce que l’apparition d’Amy parasite les adieux de Clara au Doctor et que cela renforce son rôle de plante verte dans cet épisode.

Le 13ème Doctor

Peut-être LE seul moment de l’épisode où se dégageait un semblant d’émotion, à partir du moment où le 12ème Doctor décide de monter au sommet de la tour pour se rendre aux Daleks parce qu’il est temps de le faire, et jusqu’à la toute fin de l’épisode. L’apparition de Peter Capaldi se fait attendre, on sait que le processus de régénération est lancé depuis déjà quelques minutes mais en dehors du rajeunissement de Matt Smith, on ne constate rien de visible. Et tout se joue en une fraction de secondes, la transition est brutale tant physiquement que visuellement, et tout comme Clara on croit halluciner l’espace d’un instant. Ce nouveau cycle de 13 régénérations débute avec un acteur plus vieux, dans la même tranche d’âge que William Hartnell, le tout premier Doctor.

Comme à chaque changement d’incarnation du personnage, il y a beaucoup d’attentes. Je n’ai personnellement aucun doute quant au talent de Peter Capaldi, mais j’aurais tendance à émettre quelques réserves vis à vis d’une écriture qui ne va malheureusement pas en s’améliorant.

Rating: ★★½☆☆
Avis: Je reste très critique sur la qualité de cet épisode, de même que – plus généralement – sur l’écriture de cette saison 7. Ca aurait pu le faire si Moffat n’avait pas voulu trop en fait, trop en mettre, trop s’appuyer sur le passé, parce qu’une heure n’était pas suffisante pour offrir une fin décente à Matt Smith et une entrée à la hauteur à Peter Capaldi (encore que sa scène d’introduction soit l’une des meilleures scènes de cet épisode… mais bref) tout en perdant du temps sur des détails inutiles à l’avancement de l’histoire: le champ de force qui masque la nudité (c’est drôle au départ, mais pas besoin d’y passer cinquante scènes non plus), le filtre de vérité sur Trenzalore (qui fonctionne quand il a le temps), le développement du personnage de Clara (mauvais timing) ou les différents numéros d’équilibristes qui sont partie intégrante du scénario de cet épisode qui se voulait explicatif de tous les mystères laissés en suspend dans les épisodes précédents, mais qui ressemble davantage à un chateau de cartes sur le point de s’effondrer. Apporter des choses spectaculaires, ça peut également passer par quelque chose de cohérent vis à vis des épisodes précédents – en général, c’est même beaucoup mieux. Et c’est même encore mieux lorsque tous les éléments s’imbriquent entre eux, et non seulement les éléments et révélations des seuls trois derniers épisodes diffusés (et encore, je compte large sur ce coup-là…).

La sensation finale ? Une impression de vide narratif avec un épisode qui repose presque essentiellement sur les éléments survenus dans d’autres épisodes: le petit Barnable qui fait écho à la jeune Amy dans “the Girl who waited”, le caméo de fin d’épisode avec Karen Gillan (scène où Clara a un rôle tout aussi inutile que la dinde qu’elle a passé un épisode entier à essayer de cuire), tout le bestiaire de la série réuni, d’anciens thèmes musicaux recyclés (celui d’Amy, et un second qui m’échappe encore mais qui n’est pas des 2 dernières saisons)… Beaucoup de choses qui font que j’ai suivi cette saison 7 plus pour un shoot régulier de nostalgie que pour la qualité de l’intrigue globale ou des différents arcs narratifs. Et suivre une série en se disant “rho ouais, c’était tellement bien AVANT”, au bout d’un moment ça finit par coincer… D’où une grosse déception et un ennui profond jusqu’aux 20 dernières minutes de cet épisode, quand on nous donne ENFIN des éléments pertinents et non de la nostalgie ou des gags à la chaîne qui trainent sur la longueur pour dissimuler l’absence de contrôle du scénariste sur sa création, et son incapacité à comprendre que l’accumulation d’éléments nouveaux interchangeables tous les trois épisodes ne contribuent absolument pas à combler le vide narratif installé de longue date dans l’écriture de Doctor Who.

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