Review : Jamaica Inn

Jamaica Inn (c) BBC

Jamaica Inn (c) BBC
Jessica Brown Findlay (Mary Yellan)

Dans le cadre d’un partenariat original et très spécial entre Britishgeeks et la Malle aux Livres, nous accueillons dans nos rangs Hauntya le temps d’une review. Elle a choisi de nous parler de Jamaica Inn, une mini-série adaptée du roman éponyme de Daphné Du Maurier, produite par la BBC et diffusée fin avril 2014 sur les écrans britanniques.

Jamaica InnL’auberge de la Jamaïque – est une mini-série en trois épisodes, produite par la BBC et diffusée en avril 2014. Le tournage datait de septembre 2013, et il est enfin diffusé, à la plus grande joie de ceux qui l’attendaient. Ecrite par Emma Frost (Shameless, the White Queen…), la série est basée sur l’un des plus célèbres romans de Daphne Du Maurier, auteure britannique célèbre notamment pour Rebecca, qui a eu aussi droit à ses adaptations en films et séries. L’auberge de la Jamaïque a déjà eu droit à quelques transpositions à l’écran de son côté, dont la plus connue est sans doute celle d’Alfred Hitchcock.

L’histoire se situe en 1821, aux Cornouailles – lieu de prédilection de l’auteur qui y place souvent ses histoires – et suit la destinée de Mary Yellan (Jessica Brown-Findlay). D’une famille pauvre et paysanne, sa mère venant de décéder, la jeune femme n’a d’autre choix que de trouver refuge auprès de sa tante Patience (Joanne Whalley), femme coquette et joyeuse dans son souvenir, mariée à Joss Merlyn (Sean Harris), propriétaire de l’Auberge de la Jamaïque. Mais elle ne tarde pas à regretter son choix : non seulement son oncle se révèle un homme impulsif, lunatique et alcoolique, dangereux, il n’est autre que le chef d’une bande de contrebandiers que le région tolère. L’auberge de la Jamaïque, malfamée et presque abandonnée, ne sert que de refuge aux naufrageurs. Mary ne peut donc plus que se fier à elle-même et aux deux alliés croisant son chemin : Jess, le petit frère de Joss, voleur de chevaux, et le vicaire Francis Davey qu’elle rencontre par hasard.

Patience (Joanne Whalley) et Joss Merlyn (Sean Harris)

Patience (Joanne Whalley) et Joss Merlyn (Sean Harris)

Que dire sur cette adaptation (plutôt fidèle du roman, d’ailleurs) avant tout ? Toute son ambiance, délétère et quelque peu oppressante, repose sur le gothique qui émane de l’histoire et des protagonistes. C’est certes une atmosphère qu’on retrouve souvent chez Du Maurier, et qui n’en est plus flagrante ici. Entre les paysages de lande déserte, de marécage et de mer déchaînée, l’auberge elle-même délabrée et sombre, hostile, on ne tarde pas à plonger dans un univers bien particulier et éloigné de nous, et pourtant fascinant par ces ombres mêmes qui s’en dégagent. Il y a un peu de Jane Eyre là-dedans, il faut l’avouer. Les épisodes témoignent d’un huis-clos oppressent entre les personnages, où les landes, la mer, ne sont que des fausses apparences de liberté : tous les personnages sont inlassablement attirés par l’auberge de la Jamaïque (par ailleurs réellement existante) et y reviennent. Il n’y a aucun échappatoire entre la société décrite qui accepte hypocritement la présence des naufrageurs, et une mer barrière, nourrice et meurtrière à la fois.

Comme toute bonne intrigue gothique et romanesque du XIXe siècle, ce sont aussi les personnages qui nous font apprécier ces trois épisodes, qu’on se prenne d’affection pour eux ou qu’au contraire, ils nous mettent mal à l’aise. Mary se révèle comme une ancre, un roc : une jeune femme innocente mais pas naïve, ayant des valeurs morales profondes et qui pourtant, ne peut que se retrouver plongée dans la décadence du milieu où elle doit vivre, en prêtant main-forte aux naufrageurs. Jessica Brown Findlay rend en tout cas parfaitement hommage à son personnage, lui donnant la force, l’énergie et aussi la fragilité nécessaire à son rôle, tout comme un caractère obstiné et direct. C’est là qu’on se rend compte qu’on trouve aussi les deux catégories de personnages féminins distincts dans l’univers de Daphne Du Maurier : d’un côté, les femmes fières, indépendantes, assurées de leurs droits et de leurs pensées, presque masculines, et de l’autre, celles fragiles et timides, effacées dans l’ombre d’un homme, parfois capables d’un discret éclat. C’est à cette catégorie qu’appartient Patience (Joanne Whalley) qui nous campe cependant un personnage plus intéressant que dans le livre : craintive, soumise à son mari certes, mais aussi dévouée et l’adorant, au point de choisir de souiller son âme et ses mains pour lui. Ce n’est sans doute qu’un pâle reflet de ce qui peut attendre Mary par la suite…

Ben Daniels (Francis Davey) et Mary Yellan (Jessica Brown Findlay)

Ben Daniels (Francis Davey) et Mary Yellan (Jessica Brown Findlay)

Quant aux personnages masculins, ils ne sont pas moins intéressants non plus. Si Jem Merlyn (Matthew McNullty), voleur de petit chemin, agace assez vite avec une personnalité somme toute fade par rapport aux autres et prévisible, il n’en est pas moins un peu sympathique dans ses tentatives de flirt avec Mary. Beaucoup plus intéressants sont en revanche le propriétaire de l’auberge et le pasteur. Joss Merlyn (Sean Harris) est un personnage on ne peut plus frappé du charme gothique, doué de la faculté d’apparaître quand on ne s’y attend pas, et vraiment peu agréable à rencontrer. Alcoolique, impulsif, il apparaît tour à tour menaçant, perdu, parfois pourtant « bénéfique » mais surtout insaisissable, ne laissant jamais paraître ses véritables intentions. Il forme un de ces protagonistes gothiques qui hantent l’imagination, longtemps après les avoir croisés, capables du pire et n’y hésitant pas. Il serait fou de le croire aussi idiot et apathique que son apparence le laisse croire…quant au dernier personnage, et pas le moindre, il s’agit du vicaire Francis Davey, interprété par un superbe Ben Daniels qui a parfaitement saisi l’essence du personnage. Je le rapproche parfois, en hommage, au pasteur St John Eyre Rivers de Charlotte Brontë, car s’il est un soutien pour l’héroïne, il n’en demeure pas moins impressionnant et distant. Ce pasteur au regard acéré et pénétrant ne laisse pas indifférent et marque le lecteur (et spectateur donc) autant que son antagoniste Joss.

En dire plus, serait gâcher tout l’intérêt de l’histoire – comme pour Rebecca: une fois le visionnage fini, on comprend tout un double sens de lecture à rebours, assez glaçant. Mais je ne peux que conseiller cette mini-série, si vous aimez le genre romanesque, gothique, ou encore simplement les atmosphères du XIXe siècle. Moi-même, je me suis étonnée à frémir devant cette adaptation et à retrouver l’histoire claire et précise comme si je l’avais lu il y a peu, alors que ma lecture (en anglais qui plus est) remonte à quelques années. L’épisode 2 est peut-être un peu plus lent que les autres, mais sinon, quel ravissement ! Et il s’agit d’une histoire, de personnages, qui hantent longtemps l’esprit….

Rating: ★★★★☆
Avis: Difficile d’en dire davantage sans dévoiler l’intrigue totale. Mais j’ai moi-même été surprise de me retrouver aussi envoûtée, qui plus est par une histoire dont je savais la fin, alors que je m’attendais à être méfiante et distante. Mais non, les jeux des acteurs sont parfois, les images sont superbes et témoignent d’une atmosphère sauvage et oppressante, et on se retrouve vite entraîné par cette intrigue. Seul reproche, peut-être quelques lenteurs (au deuxième épisode notamment) et on s’est plaint lors de la diffusion, que les acteurs marmonnaient beaucoup. Regardant avec sous-titres, je n’ai pas fait très attention, mais il est vrai que par leur caractère, certains personnages parlent assez faiblement en termes sonores. Mais ça ne m’a rien gâché…A voir ! Le DVD sort le 26 mai.

Cette review a été rédigée dans le cadre d’un partenariat très spécial entre La Malle aux Livre et Britishg3eks. Pour en savoir plus sur ce partenariat et ce en quoi il consiste, c’est par ici ! =)

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