Review: Top of the Lake

Top of the Lake (c) BBC Worldwide

Top of the Lake (c) BBC Worldwide / Sundance Channel / UKTV
– diffusée entre le 7 et le 14 novembre 2013 sur Arte –

Créée et écrite par par Jane Campion (La leçon de Piano, Bright Star...) et Gerard Lee, coproduite par les chaînes BBC Two (UK), Sundance Channel (US) et UKTV (AU et NZ), Top of the Lake est une mini-série américano-australo-britannique de 6 épisodes diffusés entre le 18 mars et le 15 avril 2013. La série a été diffusée en France entre le 7 et le 14 novembre sur Arte. La première saison est disponible en DVD et BluRay. 

Vous connaissez peut-être la réalisatrice Jane Campion, l’unique femme réalisatrice à avoir reçu la palme d’or au festival de Canne pour La leçon de Piano en 1993. Et l’une des rares à avoir eu le privilège d’être la présidente du jury de ce même festival en 2014. Autant dire que c’est une des grandes dames du cinéma, dont l’œuvre est empreinte d’un grand romantisme, de personnages féminins forts et de paysages somptueux. Top of the Lake n’échappe pas à la règle, et prouve que la réalisatrice est tout aussi à l’aise dans la création et la réalisation de séries que de courts et longs métrages.

Tui, une jeune fille âgée de 12 ans et enceinte de 5 mois, disparaît après avoir été retrouvée dans les eaux gelées d’un lac du coin. Chargée de l’enquête, la détective Robin Griffin se heurte très rapidement à Matt Mitcham, le père de la jeune disparue qui se trouve être aussi un baron de la drogue mais aussi à G.J., une gourou agissant dans un camp pour femmes. Très délicate, l’affaire finit par avoir des incidences personnelles sur Robin Griffin, testant sans cesse ses limites et ses émotions…

[ Allociné ]

L’histoire se présente tout d’abord sur fond d’enquête. Dans le sud de la Nouvelle-Zélande, on retrouve Tui Mitcham, 12 ans, à moitié immergé dans l’immense et mystérieux lac qui façonne les paysages de la région. On découvre rapidement que la fillette est enceinte de 5 mois, et l’affaire est confiée à l’inspectrice Robin Grifith (incarnée par Elisabeth Moss, vue dans Mad Men, Sur la route…). Spécialiste en protection infantile, Robin quitte donc Sidney et son fiancé pour retourner dans sa ville natale, qu’elle a laissée des années auparavant pour de sombres raisons.

Al Parker (David Wenham) et Robin Grifith (Elisabeth Moss)

Al Parker (David Wenham) et Robin Grifith (Elisabeth Moss)

Toutefois, l’enquête s’annonce périlleuse. Le père de Tui, Matt Mitcham (Peter Mullan, vu notamment dans War Horse), est une sorte de Baron de la drogue tyrannique et macho régnant sur la région. A tel point que même le supérieur de Robin, Al Parker (David Wenham, vu dans Le Seigneur des anneaux, 300…), n’ose pas trop s’y frotter, malgré l’insistance et les suspicions de Robin. A tout cela s’ajoute encore un camp de femmes installé sur les terres de Matt Mitcham. Ce groupe New Age est composé de femmes à la dérive et est mené par leur gourou, GJ (incarnée par Holly Hunter, vue dans La Leçon de Piano, ou Crash), une étrange femme aux longs cheveux argentés. Mais rapidement, Tui disparaît, s’enfuyant dans les montagnes qui bordent le lac.

Faussement présenté comme une série policière, Top of the Lake devient de plus en plus dense au fil des épisodes pour finalement être bien plus que cela. L’enquête sur Tui finit par faire remonter à la surface bien des choses dans cette région, et pas pour le meilleur. L’occasion pour la réalisatrice de critiquer la société patriarcale, représentée ici par Matt Mitcham, mais également par bien des hommes de l’entourage de Robin. Violence, viols, domination, pédophilie ; des thèmes extrêmement durs mais malheureusement vrais et trop souvent présents dans cet univers majoritairement masculin.

GJ (Holly Hunter)

GJ (Holly Hunter)

Cependant, cette masculinité est balancée par un panel de personnages féminins forts et charismatiques. A commencer par Robin, qui, bien qu’ayant elle-même subi des violences dans sa jeunesse, se montre encore plus acharnée à les combattre et à ne pas se laisser faire. Tui de son côté est une fillette incroyable et mature. Habituée à survivre dans un monde dur, elle décide de fuguer afin de mettre au monde seule son enfant, après avoir affirmé ignorer qui était le père. Enfin, le personnage le plus impressionnant de la série est sans conteste GJ. Ce gourou énigmatique vit à Paradise, un campement fait de benne qu’elle a établie sur les terres nouvellement achetées à Matt Mitcham, mais sans son accord… Entourées de femmes perdues ou abîmées par la vie, elle est difficile à cerner, et parle toujours sans la moindre trace d’émotion. Toutefois, ses conseils philosophiques, parfois très durs et crus, font toujours mouche. Un personnage vraiment fascinant et joué avec brio.

Enfin, si vous avez été bluffés par les paysages du Seigneur des anneaux et du Hobbit, vous pouvez vous replonger dans les décors enchanteurs et mystérieux de la Nouvelle-Zélande. A commencer par le lac qui donne son nom à la série, et qui a quasiment un rôle à lui tout-seul. L’histoire commence avec lui, et il circule une légende sur lui : on dit que le cœur d’un démon réside en son centre et fait varier le niveau de l’eau toutes les cinq secondes. La série gravite littéralement autour de lui, et il semble en tous cas exercer une attraction et une fascination qui ne laissent personne indifférent.

Rating: ★★★★½
Avis: Série dramatico-policière ou film de six heures ? Difficile de juger, et le rythme est un peu difficile à prendre au début. Mais dans tous les cas, c’est un véritable chef d’œuvre que nous livre ici Jane Campion. Une série avec des personnages féminins intéressants et forts, une intrigue développée et sombre, une fin ouverte et qui fait réfléchir, des paysages ensorceleurs ; que demander de plus ? Top of the Lake propose une réflexion sur notre société et ses dérives les plus noires, tout en nous présentant une nature à la fois fascinante et effrayante. A voir et à revoir sans modération.

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