Review: Saturn 3 (1980)

Saturn 3 (c) Incorporated Television Company

Saturn 3 (c) Incorporated Television Company
Kirk Douglas (Adam) & Harvey Keitel (Benson)

A l’occasion de la 14ème éditon des Utopiales, nous avons pu assister à la projection de Saturn 3, qui figurait dans la programmation des séances rétrospectives de films de science-fiction organisées pour cette édition. Réalisé par Stanley Donen (Singing in the Rain, Charade…), écrit par Martin Amis (Dear Babies, et prochainement pour London Fields) et John Barry (Superman 1 et 2, Clockwork Orange, Star Wars…), Saturn 3 est sorti en 1980 sur nos écrans. 

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Deux savants, travaillant sur le satellite Saturn 3, sont perturbés par une troisième personne, le capitaine James. Celui-ci se révèle de plus en plus dangereux, et leur impose son robot meurtrier…

C’est sans doute le synopsis le plus court sur lequel il m’ait été donné de poser les yeux… mais plus précisément, le couple de scientifiques vivant dans la station de recherche sur Saturn 3 reçoivent la visite d’un homme qui n’est pas le capitaine James, mais un certain Benson à propos duquel on ne sait pas grand chose mais que l’on soupçonne de ne pas être très net. Le début du film est un enchaînement de scènes sans réel lien entre elles, jusqu’à celle où le capitaine James se prépare à rejoindre Saturn 3 dans ce qui ressemble à un vestiaire. Alors qu’il s’équipe, un autre homme fait irruption dans le vestiaire et – accrochez-vous bien (sans mauvais jeu de mot) – actionne un système qui fait le vide dans le vestiaire et a pour effet d’aspirer dans l’espace le capitaine James. Légère appréhension concernant la suite du film, parce que rien de tout cela ne trouvait d’explication avant, et il n’y en aura pas davantage après… Donc voilà, le capitaine James est sous forme de chair à saucisse quelque part dans l’espace, et il reste ce type mystérieux en combinaison, avec le colis qui devait normalement être livré à la station spatiale sur Saturn 3. Benson (Harvey Keitel) profite de son casque à visière opaque pour se faire passer pour James… et ça passe comme une lettre à la Poste.

L’histoire en elle-même n’a rien de bien original et les choses tardent un peu à se mettre en place dans la première demi-heure. Au final, on se trouve dans un huis-clos assez angoissant, avec des scènes très faiblement éclairées et une absence presque totale d’environnement sonore – à l’exception des scènes un peu fortes. La station spatiale, ses coins et recoins, ses longs couloirs, tout est fait pour induire une impression de confinement. Ajoutez à ça l’espace et le vide de l’extérieur, et le cadre devient parfait pour introduire un élément perturbateur d’un genre particulièrement perturbant… L’élément perturbateur en question arrive avec le faux capitaine James, originellement de passage sur Saturn 3 pour livrer un robot qui permettra d’aider les deux scientifiques dans leurs activités courantes de gestion de la base.

Si on choisit d’ignorer délibérément le non-respect des lois de la physique compréhensibles par un élève de CM2 (notamment le fait de démonter les dalles du sol qui doit NORMALEMENT entraîner une fuite d’oxygène vers l’extérieur), le côté aussi inexplicable que creux du triangle amoureux Benson – Alex – Adam, l’absence totale de justification des actes de Benson et l’hostilité du robot Hector, il reste encore un élément qui sauve le film et invite à pas mal de questionnements. Et ce qui maintient l’attention focalisée sur le film alors que rien ne le distingue à ce point de tous ceux qui ont pu être produits à cette époque, c’est le robot Hector.

Hector, dernier né de sa génération, est à la pointe de la technologie. Là où c’est amusant, c’est que le propos du film fait écho à l’une des tables rondes organisées pendant les Utopiales concernant l‘interface cerveau-machine (avec Alain Damasio et Karim Jerbi), où il était question de recherches menées sur le cerveau de primates pour actionner divers systèmes mécaniques. Le lien Benson / Hector illustre parfaitement ce propos en légèrement plus fantasmé que ce qu’il pourrait être à notre époque (vive les années 80’s !). Le « cerveau » d’Hector n’est pas une grosse boîte pleine de circuits imprimés et de fils, mais bien un cerveau semblable à un cerveau humain. En beaucoup plus gros, pour permettre à tout le monde de comprendre à quel point l’intelligence de la machine peut être prononcée, même si – c’est bien connu – la taille ne fait pas tout. Hector fonctionne de manière autonome pour peu qu’on le programme convenablement auparavant. On nous présente le mode d’échange d’informations entre l’homme et la machine par le biais d’un implant cervical métallique dans lequel il est possible de « brancher » le robot sur son opérateur, permettant ainsi un échange d’informations.

D’entrée de jeu, on comprend que comme Benson n’est pas stable émotionnellement, Hector risque de rencontrer un souci par la suite puisque ce sont les connaissances de Benson qui sont transférées dans le robot. On comprend également qu’il n’y a pas que cela qui est transféré dans le gros cerveau d’Hector, compte tenu de sa relative obsession envers la jeune Alex… de la même manière que Benson, mais avec quelque chose d’un peu plus dérangeant en supplément. Benson a donc fait entrer sa folie, les dangers de la civilisation (les pillules Blue Sleepers, assimilables à de la drogue, et les moeurs douteuse des terriens) et un danger dissimulé dans un robot de haute technologie, programmé et actionné par un opérateur humain tout aussi dangereux…

Hector n’est pas doué de parole mais on lui prête assez facilement des caractéristiques humaines: son cerveau ressemble à celui d’un humain, on lui donne un nom plutôt qu’un numéro de série… et la machine semble également prendre peu à peu les traits de caractère de son opérateur, faisant preuve d’impatience, épiant Alex au détour d’un couloir, ou tuant Sally (le chien) après l’avoir traquée jusqu’au laboratoire ou même, émettant des bips de frustration chaque fois que quelque chose contrecarre ses plans. Du coup, il y a quelque chose de vraiment effrayant dans ce film qui a fait le choix de miser sur autre chose que les effets spéciaux: si Hector apprend à partir du cerveau d’une personne capable de tuer de sang froid, alors comment le robot se comportera-t-il en étant dépourvu d’émotions, de morale ou de tout concept que seul un humain est censé posséder ? La réponse est toute aussi effrayante que le problème que soulève le couplage du cerveau de Benson à une machine: il se comportera comme son opérateur… mais en pire, comme en témoignera la scène dans laquelle Hector veut tellement Alex qu’il s’en empare en la suspendant par les poignets. Je passe rapidement sur le fait qu’on ne sait pas exactement ce qu’il compte lui faire étant donné qu’il s’agit d’un robot, mais chacun des agissements d’Hector n’est au final que le miroir de ce que Benson aurait pu faire si le peu de morale dont il est encore pourvu ne l’avait pas retenu.

J’ai un peu décroché sur la fin à partir du moment où tout le monde se ligue pour éliminer Hector. Le dernier quart du film était aussi angoissant que nécessaire grâce aux décors de la station spatiale (au passage: on se demande quel esprit tordu a imaginé tous ces coins et recoins sombres…), mais la fin était un peu précipitée: tout le monde s’allie pour défoncer Hector, et – parce que tout est possible – on soulève juste une dalle du sol pour dévoiler une espèce de rivière souterraine réfrigérante dans laquelle le robot tombe, et… euh… QUOI ?! En oubliant le fait que, si le sol n’est pas isolé ou étanche l’air dans la station est censé s’échapper dans le vide de l’espace et (donc tout le monde est censé être mort depuis un moment), détruire Hector en 30 secondes était vraiment la solution de facilité scénaristique. Du coup, pas d’interrogation sur les dangers de coupler une machine au cerveau de n’importe qui (Benson était quand même psycho-flippant !), non: la machine est dangereuse et nous tuera tous. C’est une conclusion bien entendu à rapprocher du contexte de l’époque, mais si d’autres films de la même époque sont capables d’amorcer les prémisses d’un début de réflexion, Saturn 3 échoue complètement à ce niveau. Et j’ai trouvé ça vraiment dommage, parce que même si certains éléments du film étaient complètement loufoques, il y avait quand même des choses intéressantes qui auraient mérité d’être développées.

Rating: ★★★½☆
Avis: Beaucoup d’axes de réflexion qui restent malheureusement inexploités et font que l’on se souviendra de Saturn 3 comme d’un film un peu étrange, original par certains aspects mais pas nécessairement transcendant. J’ai en revanche beaucoup aimé Hector, qui était flippant à souhait, et la manière dont les névroses de son opérateur se sont traduites chez lui avec toutes les incohérences que cela suppose.

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