Review: Broadchurch

Broadchurch (c) ITV

Broadchurch (c) ITV
David Tennant (DI Alec Hardy) & Olivia Colman (DS Ellie Miller)

Créée par Chris Chibnall (Life on Mars, Torchwood, the Great Train Robbery…), Broadchurch est une série policière en huit parties mettant en scène les bouleversements survenant au sein d’une communauté réputée paisible suite au meurtre d’un petit garçon. La série a été diffusée pour la première fois sur la chaîne britannique ITV en mai 2013. Sa diffusion française débutera dès ce soir sur France 2, à raison de 3 épisodes par soirée. 

Là, on en arrive naturellement au moment où je m’insurge que la diffusion d’une série de ce calibre soit bazardée en 3 soirées, avec le risque apparemment assumé de perdre une bonne partie des spectateurs au fur et à mesure que la soirée avance. La diffusion des séries étrangères en France, c’est la plupart du temps des soirées entières consacrées à une même série (NCIS, CSI, Mentalist ou même Bones, pour ne citer que ces trois-là) jusqu’à l’overdose de la part des téléspectateurs là où les britanniques ont plutôt tendance à varier la programmation de leurs soirées, avec un épisode / téléfilm suivi d’un épisode d’une autre série. Ca évite l’effet « on bazarde la saison vite fait », ça évite aussi de voir les téléspectateurs aller se coucher avant la fin (dans le cas de Broadchurch, l’épisode 3 débutera presque à 22h45…).

Avec une logique de diffusion à raison d’un épisode chaque lundi soir sur ITV, Broadchurch a réalisé d’excellentes audiences, avec une moyenne de 9 millions de téléspectateurs par épisode, et près de 10.5 millions de spectateurs réunis devant le series finale. Des scores et un engouement tels que la Fox a envisagé un remake américain de la série (en espérant qu’elle ne soit pas dénaturée pour y inclure plus d’action / de sexe / whatever…). Le créateur Chris Chibnall a d’ailleurs annoncé l’écriture d’une seconde saison – une excellente nouvelle !

Je ne vanterais pas l’originalité du pilote de la série parce que comme à peu près tous les pilotes, il n’est là que pour poser les bases de l’intrigue et donner un avant-goût de ce qui viendra après même si – pour ma part – il m’a très largement persuadée de suivre la série dans son intégralité. Ce qu’en revanche je vais faire, c’est conseiller aux sceptiques de pousser votre visionnage jusqu’à la fin du deuxième épisode pour vous faire une idée de ce qu’est Broadchurch et de ce dont elle traitera précisément.

Une petite communauté se retrouve sous les projecteurs des médias après la mort d’un petit garçon. Deux enquêteurs sont chargés de résoudre cette affaire délicate, tout en essayant de garder la presse à distance et de préserver le tourisme. Face à un tel drame, les habitants commencent à s’épier les uns les autres, faisant remonter à la surface bien des secrets…

[ Allociné ]

Broadchurch est une ville fictive située en bord de mer, dans le Dorset, où le taux de criminalité est réputé pour être l’un des plus bas de l’Angleterre. En ville, tout le monde connait tout le monde et la routine locale ne souffre aucun accroc. Tout change assez brutalement lorsqu’un corps est découvert sur l’une des plages proches de la ville… Le corps est celui d’un petit garçon de 11 ans, Danny Latimer (Oskar McNamara), dont les parents sont connus de tous comme étant irréprochables et très impliqués dans la vie de la communauté. L’hypothèse du suicide est très rapidement écartée, mais la mort de Danny reste « suspecte »…

L’enquête est confiée à l’inspecteur Alec Hardy (David Tennant), arrivé en ville depuis à peine une semaine pour obtenir un poste que la logique aurait voulu que l’on confie à un sergent de la région, Ellie Miller (Olivia Colman). La jeune femme apprend que le poste lui a échappé à son retour de congé et accueille bien entendu assez froidement son nouveau supérieur, clairement plus expérimenté qu’elle sur ce genre d’affaires. On en apprendra par la suite davantage sur Alec Hardy et sur tout ce qui pèse sur ses épaules… L’enquête assez difficile met à jour des secrets bien enfouis, et attire également l’attention des journalistes sur la petite ville – deux éléments combinés qui font voler en éclats le calme qui avait jusque-là toujours été la norme dans la communauté.

David Tennant (Alec Hardy) et Olivia Colman (Ellie Miller)

David Tennant (Alec Hardy) et Olivia Colman (Ellie Miller)

Si vous cherchez une série policière originale parmi beaucoup trop de séries policières qui se ressemblent toutes, Broadchurch est une série à laquelle il faut jeter un oeil. Attention, elle n’est en rien originale dans sa mécanique parce qu’une série policière reste une série policière avec ses phases d’investigations, ses surprises, ses fausses pistes… Ce qui est réellement propre à Broadchurch, c’est d’abord son rythme assez lent pour appuyer la difficulté de progression de l’enquête là où dans d’autres séries, on devine les choses plus qu’on n’enquête réellement (voir notre review de la série Elementary, pour une illustration de ce fléau). De la même manière, Broadchurch se distingue de bon nombre de ses concurrentes en nous plongeant au sein d’un groupe de personnes forcées de composer avec la mort d’un enfant et les suspicions naissantes: chaque individualité ressort, même au sein des familles, et j’ai vraiment eu l’impression de voir de vraies familles dans la tourmente, je n’ai pas vu une seule fausse personnalité beaucoup trop compatissante ou beaucoup trop calme pour que cela paraisse vrai: chaque membre de la communauté faisait face à la mort de Danny à sa manière, et à peu près tout le panel des émotions humaines étaient représentées.

Jody Whittaker (Beth Latimer) et Andrew Buchan (Mark Latimer)

Jody Whittaker (Beth Latimer) et Andrew Buchan (Mark Latimer)

Pour faire écho à ce que je disais juste au-dessus, je suis également obligée de souligner la qualité du casting de la série, avec deux solides premiers rôles: David Tennant (Single Father, the Escape Artist…) et Olivia Colman (Exile, Twenty Twelve), deux acteurs principaux plusieurs fois nominés pour leur performance dans Broadchurch, mais également un duo qui fonctionne très bien par sa complémentarité malgré une incompatibilité de caractère manifeste entre les deux policiers. Mais la série n’avait pas tout misé sur les deux premiers rôles: le reste du casting est également largement à la hauteur avec dans le rôle des parents de la victime Jodie Whittaker (Marchlands) et Andrex Buchan (Party Animals), Arthur Darvill (Little Dorrit, Doctor Who…) dans le rôle du révérend, ou encore David Bradley (Harry Potter, Blackpool…).

Autour des policiers et des investigations gravitent une myriade de protagonistes, certains marqués par le drame de la famille Lattimer, d’autres cherchant à en tirer parti professionnellement parlant (je pense aux journalistes, notamment). La mort de Danny et ses conséquences sont explorées avec une justesse incroyable, et le jeu d’acteur combiné à la qualité du travail sur les personnages donne quelque chose qui paraît vrai et qui a quelque chose d’assez dérangeant dans certaines scènes. Pour ça aussi, si vous préférez plutôt les séries où on ne s’intéresse qu’à la résolution de l’enquête et pas aux personnages, Broadchurch n’est pas la série qu’il vous faut. Si au contraire, vous appréciez que l’on développe convenablement et intelligemment les personnages plutôt que de s’en servir comme des pions: foncez !

Côté rythme et malgré une lenteur manifeste propre  à la série, il n’y a aucun temps mort – même pas pour nous laisser souffler un peu. L’intrigue ne pâtit d’aucune approximation dans son développement autant que dans sa mise en place, et sa conclusion vous laissera à coup sûr sous le choc – Chris Chibnall n’a rien laissé au hasard avec sa série. Et si le fond est très travaillé, la forme n’est pas en reste non plus avec une réalisation qui m’a beaucoup rappelé le traitement de l’image de certaines séries scandinaves (mais également de Wallander, dont je vous avais déjà parlé), avec un paysage mis en valeur au même titre qu’un personnage.

Gros coup de coeur aussi sur la bande son mélancolique et très oppressante composée par le talentueux Ólafur Arnalds, qui colle aux images et aux personnages (notamment Beth’s theme, qui a quelque chose de vraiment puissant) et accompagne les 8 épisodes de la série avec une justesse vraiment appréciable.

Rating: ★★★★½
Avis: Série policière misant d’abord sur les relations entre les personnages plutôt que sur la résolution de l’enquête à tout prix, Broadchurch est une série solide et intelligemment conçue que j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre. J’ai apprécié de voir les masques se fissurer et de voir les squelettes sortir des placards autant que j’ai apprécié l’intensité et la justesse du jeu de certains acteurs (Jodie Whittaker et Olivia Colman en tête). Si vous en avez assez des séries policières procédurières dans lesquelles les personnages n’ont aucune autre fonction que d’enquêter encore et encore, vous serez séduits par la consistance des personnages de Broadchurch.

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