Review: Under the Skin (2014)

Under the Skin (c) MK2 Distribution / Studio Canal

Under the Skin (c) MK2 Distribution / Studio Canal
– sorti le 25 juin 2014 dans les salles françaises –

Basé sur le livre éponyme de Michael Faber (the Crimson Petal and the White, the Book of strange new Things…) paru en 2000, adapté par Michael Campbell et réalisé par Jonathan Glazer, Under the Skin est un thriller de science fiction mettant en scène une mystérieuse jeune femme adepte de méthodes de chasse assez particulières. Le film est sorti en août 2013 aux Etats-Unis, et nous avons pu assister à l’avant-première parisienne la veille de la sortie du film dans les salles françaises… et ce fut une très bonne surprise !

Je ne connaissais que très superficiellement le travail de Jonathan Glazer pour avoir vu le quelque peu perturbant Birth, qui m’avait laissé un souvenir assez… euh… particulier, et dans lequel un petit garçon tente de convaincre Nicole Kidman qu’il est la réincarnation de son défunt mari (le résultat remuait un peu les tripes).

Under the Skin est à la fois étrange et génial. D’où une certaine difficulté à en parler sans complètement en dévoiler l’intrigue… Difficile – donc – d’attaquer cette review en ayant une idée précise de ce qui est à dire, de ce qui ne l’est pas, et de l’impression globale que le film m’a laissée. Il y a sans doute un nombre infini de manières de parler de ce film, correspondant sans doute à un nombre tout aussi infini de manières de le ressentir, son propos et son univers. Du coup – et d’avance, pardon – quelques spoilers se glisseront sans doute dans les paragraphes suivants.

Bon... et sinon, ça parle de quoi ?

Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

[ Allociné ]

A moins d’avoir lu le roman duquel est tiré cette adaptation, si on est un spectateur curieux qui s’est lancé à l’aveuglette, on découvre les choses au fur et à mesure, à coup de suggestions plus ou moins évidentes, de mises en scènes plus ou moins limpides, plus ou moins cryptées.

En Ecosse, près de Glasgow, une mystérieuse jeune femme (Scarlett Johansson) parcourt le pays dans une camionnette et « ramasse » des hommes. On ne sait pas très bien ce qu’elle leur veut au départ, mais au fur et à mesure, on constate qu’elle attire les hommes – ses victimes – dans son piège d’abord en les amadouant en trouvant les bons mots, puis en leur faisant la promesse d’un dénouement sexuel. Et forcément, ça fonctionne plus que bien, tout en donnant une image assez désastreuse de la population masculine aux alentours de Glasgow, prête à toutes les imprudences pour une petite partie de jambes en l’air.

Cela semble être la mission qui lui a été confiée: attirer les hommes pour pouvoir ensuite les utiliser. Cette extraterrestre – Laura – est une sorte de sirène venue d’ailleurs, tantôt touchante, tantôt effrayante. Ce qu’il arrive à ces hommes après être tombés sous son charme ? Il vous faudra aller voir le film pour avoir un début de réponse sur ce point, parce que rien n’est jamais totalement explicité; on laisse une place assez importante à l’imagination du spectateur jusqu’à finalement le laisser face à une réponse qu’il n’avait sans doute même pas imaginée jusque là.

On ne s’intéresse pas non plus à qui est Laura ou à sa vraie nature, mais plutôt à la manière dont son apparence humaine l’affecte. L’histoire est racontée essentiellement de son point de vue et on [re]découvre avec elle notre monde, qui nous paraît tout à coup un peu étrange et rempli de personnes qui se rassemblent dans des endroits ou à des occasions précis(es), mais qui sont en réalité très seules. Under the Skin est un conte qui parle de compassion et de compréhension, et également de ce que signifie être humain. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la manière dont Laura se laisse peu à peu influencer par ce monde dont elle ne connait rien, mais dont elle se met à singer les principaux codes (maquillages, vêtements, habitudes…). D’un personnage totalement incapable de comprendre ce qui l’entoure et dépourvue d’empathie au début du film, elle se retrouve en contact avec la bonté et la compassion – deux qualités humaines qui l’amènent à reconsidérer la manière dont elle percevait les Humains jusque là.

Un film un peu "hors catégorie"

Under the Skin est tellement différent qu’après visionnage, on a du mal à l’imaginer dans des cinémas « traditionnels ». A mi-chemin entre le film et la performance, il y a justement tout à fait sa place parce qu’il est à ce point différent et qu’il change de ces films où il n’est question que de fusillades, de meurtres, et de choses plus ou moins déjà vues mises en scène sans réelle originalité, aussi bien dans le propos que dans la réalisation. Dans Under the Skin, il est question d’enlèvements et d’assassinats. Là où les choses deviennent intéressantes, c’est dans la manière de montrer cet événement horrible… ou plutôt de ne pas vraiment le montrer. On imagine d’abord que cette femme en camionnette est tout ce qu’il y a de plus normale, mais rapidement on constate qu’elle fait beaucoup plus que prendre des auto-stoppeurs ou demander son chemin.

Laura (Scarlett Johansson)

Laura (Scarlett Johansson)

Ici, ce n’est pas l’action d’enlever des gens qui est complètement inhabituelle, mais plutôt le rituel de l’enlèvement en lui-même qui n’est pas plus explicité que l’enlèvement est motivé dès le début du film. L’acte en lui-même est horrible, mais ce qui l’est encore davantage pour le spectateur, c’est de ne pas comprendre, de ne pas savoir. Chaque acte est perçu du point de vue du personnage principal: sa perception de sa nouvelle vie, de sa nouvelle forme, de la mort, sa découverte de la nourriture, du sexe, de l’amour…. ; le tout avec une curiosité assez touchante qui contraste avec la froide indifférence avec laquelle elle piège ses victimes.

Under the Skin évoque la mort et l’être humain en utilisant un nouveau langage visuel, avec une émotion passant davantage par l’alliance son/image et par la présence de Scarlett Johansson à l’écran – plus particulièrement de son regard froid et doux à la fois – de sorte que tout dialogue devient quelque chose de superflu… ce qui tombe bien puisque justement, il ne doit y avoir guère plus de deux pages de dialogues dans tout le film. Mais il n’y a pas réellement besoin de rajouter des répliques à tour de bras, parce que tous les éléments sont malgré tout là, en bonne place. Le travail de l’image est magnifique, avec des jeux d’ombres et des scènes très faiblement ou pas du tout éclairées; le tout pour mettre en image une histoire sombre, presque magique, mêlée de plans lents et hypnotiques.

Tout ce travail de mise en scène et de photographie est bien heureusement appuyé et mis en valeur par une bande son composée par Mica Levi qui est au moins aussi désarçonnante que le film lui-même, avec un son tantôt troublant tantôt effrayant qui semble presque sortir d’un délire onirique… Mais ça fonctionne très bien !

Rating: ★★★★☆
Avis: Il y avait bien longtemps que je n’étais pas sortie d’une salle de cinéma l’esprit retourné au point de ne pas savoir précisément quoi penser du film que je venais de voir. Under the Skin m’a arrachée tous mes repères pour me plonger dans une histoire de laquelle je ne connaissais rien, avec un personnage principal tout aussi mystérieux auquel il était difficile de s’identifier. Et le résultat de tout ça, c’est une privation de repères encore plus importante, et donc une immersion encore plus troublante dans l’histoire, avec en renfort, une bande son horriblement efficace signée Mica Levi. Scarlett Johansson réalise une performance remarquable plus qu’elle n’incarne le personnage principal de l’histoire. Si vous avez l’occasion de voir Under the Skin, franchement: foncez !

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