Review: Robocop (1987)

Robocop (c) 20th Century Fox

Robocop (c) 20th Century Fox
Peter Weller (Alec Murphy/Robocop)

Créé par le tandem Edward Neumeier / Michael Miner et brillamment réalisé par Paul Verhoeven (Total Recall, Basic InstinctStarship Troopers, ), Robocop est un film policier de science-fiction mettant en scène un policier robotiquement amélioré luttant contre le crime dans un futur pas si éloigné que ça. Le film est sorti sur les écrans américains en juillet 1987, et sur nos écrans en janvier 1988. 

A l’aube de l’an 2000, Detroit est la proie du crime et de la corruption. Pour pallier ce terrible état, les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi-robot, policier électronique de chair et d’acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme…

[ Allociné ]

Robocop est un mélange dosant assez bien la comédie noire, la science-fiction et le thriller. L’action se situe à Detroit, dans un avenir proche, et nous suivons les aventures d’Alec Murphy (Peter Weller), un policier aimant le travail bien fait et prêt à donner de sa personne pour faire chuter la criminalité bondissante qui règne en ville. Dans une scène absolument traumatisante (oui, encore maintenant…) Murphy est tué dans l’exercice de ses fonctions aux termes d’une mise à mort absolument barbare de la part d’une bande de malfrats armés jusqu’aux dents.

Les forces de police de Detroit ont été vendues à une puissante société – OmniCorp – qui malheureusement n’a pas vocation à sauver des vies et préfère de loin brasser des millions. L’accident de Murphy fournit là un excellent prétexte à Bob Morton (Miguel Ferrer), le PDG d’OmniCorp, pour concevoir un cyborg flic qui nettoierait les rues de la ville: si jusque là, les cyborg entièrement robotiques avaient toujours fini par connaître des défaillances ayant coûté des vies (la scène où ED- 209 mitraille à vue est tellement culte que dans chacun des films suivants, le nouveau prototype de cyborg d’OmniCorp massacrera une partie des personnes assistant à cette démonstration), mêler un humain et une machine permettrait théoriquement de résoudre ce souci. Le corps de Murphy est donc récupéré, on lui efface la mémoire, et on fait de lui le premier policier robotisé.

L’opération se révèle être un succès: indestructible, obéissant aux ordres et ne connaissant pas la peur, Robocop nettoie littéralement les rues de Detroit. Mais son côté humain et ses souvenirs que l’on pensait effacés refait peu à peu surface: son passé le torture, et très rapidement il se souvient du moment de son exécution, de ses bourreaux, et cherche à se venger.

Alec Murphy (Peter Weller)

Alec Murphy (Peter Weller)

Les personnages / les acteurs

Impossible d’écrire quoi que ce soit sans parler de la performance de Peter Weller, qui incarne à la fois Alec Murphy et Robocop – deux rôles qui ne mobilisent pas les mêmes aptitudes. En Alec Murphy, il donne vie au policier intègre qui veut faire son travail jusqu’au bout, quitte à mettre sa vie en danger (ou à mourir) et qui se laisse également guider par ses émotions. En Robocop, il fait preuve d’une logique froide et élimine froidement les menaces. Le travail pour garder ces deux personnages éloignés l’un de l’autre est remarquable et dépasse très largement les simples altérations physiques, au point que lorsque son humanité transparaît dans l’attitude de Robocop, c’est toujours amené avec subtilité et justesse.

Mais malgré l’excellente performance de Weller, le reste du casting ne pète vraiment pas des briques. Les personnages sont certes uniques et divertissants (je pense aux « méchants », notamment) – Ronny Cox (Dick Jones) et Kurtwood Smith(Clarence Boddicker) en tête – et bien écrits, ils sonnent creux par moments et paraissent de fait moins humains que le robot. Ce qui – j’ai envie de le croire – accentue sans doute le fossé méchants / gentils jusqu’à un certain point, puisque le robot à moitié humain éprouve plus de scrupules et d’émotions que des humains « entiers ».

Ronny Cox (Dick Jones) et ED- 209

Ronny Cox (Dick Jones) et ED- 209

La violence et l’horreur ambiantes font que l’on éprouve de la sympathie et de la compassion pour Murphy, avec une équation assez simple: plus la violence déferle à l’écran, plus on se soucie de Murphy et donc plus le taux de compassion est fort. Quand on ajoute à cela sa quête pour retrouver son humanité malgré son corps de machine, cela nous donne un résultat assez inattendu pour un film du genre, avec une base émotionnelle subtilement effleurée dans le film, mais que l’on ressent très bien. Où s’arrête l’homme et où commence la machine ? Honnêtement, on n’en sait pas grand chose, et on essaie de le déterminer en même temps que Murphy.

Verdict ?

Robocop – et sa violence incroyablement graphique – a quelque chose d’incroyablement distrayant, au point que l’on peut facilement passer à côté de la richesse d’un film satirique étonnamment intelligent et drôle. Robocop, ce n’est pas simplement un film de science fiction avec un flic-cyborg, et c’est souvent sur ce point que beaucoup passent à côté de la portée du film. Parce que Robocop, ce n’est pas simplement un film violent avec des flics et des robots: ce qui m’avait frappé à l’époque et qui continue à me frapper, c’est cette vision assez terrifiante et en même temps très satirique d’un futur tout à fait plausible (à contrario de certains univers SF type Star Trek, ou autre), le tout à la sauce Verhoeven.

Quelque part, on n’est pas aussi loin de ce que l’on voit dans le film: la société repose sur l’enrichissement personnel au détriment – souvent – des « tous petits », des ouvriers, et on est prêt à faire tout et n’importe quoi au nom de la réduction des coûts… Nous n’avons certes pas de cyborgs, mais notre société a quand même beaucoup de celle que dépeignait Verhoeven en critiquant initialement la politique ultra-sécuritaire du Président Reagan et du capitalisme débridé.

La vision satirique de ce Detroit du futur est renforcée également par les nombreuses coupures de publicité loufoques qui interviennent directement dans le film pour promouvoir des choses insolites (je pense surtout au « Nuke ‘Em », un jeu de société pour toute la famille). OmniCorp possède tout, même les forces de police de la ville, ce qui créé de manière implicite un conflit d’intérêt entre le devoir de protection de la communauté des fonctionnaires de l’OCP et les intérêts privés de ses dirigeants qui ne pensent qu’à s’enrichir.

Rating: ★★★★½
Avis: Robocop, c’est pour moi LE film de science-fiction par excellence, une histoire simplissime racontée de manière complexe, et un savant mélange d’éléments empruntant à tous les genres (comédie, policier, horreur…), le tout traduit à l’écran dans ce pur style Verhoeven. C’est violent, c’est cru… mais ça ne fait que renforcer le propos du film. La violence n’est ici pas prétexte à une déferlante d’effets spéciaux ou d’échanges de coups de feu: elle sert réellement l’histoire. Paradoxalement, la violence du film n’empêche pas sa profondeur et l’émotion qui s’en dégage. Si vous ne l’avez pas encore vu: foncez, parce que Robocop est un excellent classique !

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