Review: Person of Interest

Person of Interest (c) CBS

Person of Interest (c) CBS
Jim Caviezel (M. Reese), Michael Emerson (Finch) et Taraji P. Henson (Det. Joss Carter)

Créée par Jonathan Nolan (Memento, the Prestige, the Dark Knight rises…), Person of Interest est une série suspense post 11 septembre 2011 mettant en scène deux justiciers de l’ombre qui mènent l’enquête pour déjouer des attentats et sauver des vies. La série a été diffusée pour la première fois sur CBS en septembre 2011, et la diffusion de la troisième saison s’achèvera début mai aux Etats-Unis. En France, la saison 2 est en cours de diffusion sur TF1. 

J’avais entendu que J. J. Abrams et Jonathan Nolan avaient fait équipe pour créer cette série, et j’étais assez curieux du résultat. Et puis j’ai regardé et apprécié d’autres choses entre temps… ce qui fait que je n’ai réellement découvert Person of Interest que sur le tard – c’est à dire au moment de sa première diffusion française. TF1 avait acheté les droits de diffusion, ce qui a pas mal entamé mon enthousiasme, surtout quand on connaît leur incapacité à mettre les uns après les autres les épisodes dans le bon ordre – tout le monde aura ainsi appris grâce à TF1 qu’après l’épisode 3, c’est le 8 qu’il faut absolument diffuser pour ne pas avoir l’air d’un plouc – ou à diffuser l’épisode dans son intégralité et sans couper de scènes. Bref, c’est en trainant les pieds que j’ai commencé la série… avant de craquer et de passer à l’heure américaine.

Big Brother is watching you... !

Un agent paramilitaire de la CIA, présumé mort, est recruté par un millionnaire reclu pour travailler sur un projet top-secret : prévenir le crime avant qu’il ne se produise ! Un ingénieux programme élaboré par Finch identifie chaque jour des personnes qui vont être impliquées dans un crime. Victime ou coupable ? Reese va devoir mener l’enquête pour découvrir qui est en danger et empêcher qu’un nouveau meurtre soit commis…

[ Allociné ]

La série débute peu près 10 ans après les attentats du World Trade Center en 2001, lorsque deux avions sont venus s’écraser sur les tours jumelles de New York. Person of Interest est un peu la réalisation de l’ultime fantasme sécuritaire américain: surveiller tout le monde afin d’anticiper sur la naissance des menaces sur le sol américain et tout prévoir, jusqu’aux attentats à venir… C’est en gros le principe du programme T.I.A (Total Information Awareness) mis en chantier en 2002 par John Pointdexter, un officier du Pentagone. Sur le papier, ça aurait vraiment pu être utile… à condition d’oublier la présomption d’innocence – surveiller quelqu’un parce qu’on pense qu’il VA devenir terroriste, c’est un peu la porte ouverte à tous les abus, à mon sens – et la protection des libertés individuelles – que le Patriot Act américain a déjà bien entamé. Mais officiellement, ce programme n’a jamais abouti.

Le contexte de création de la série autant que le scénario lui-même sont denses et riches en clin d’oeils à des évènements ou propositions politiques qui ont été faites suite aux attentats du 11 septembre 2001. Oui, c’est une phrase qui se parachute un peu comme ça parce qu’au premier abord, Person of Interest a l’air toute aussi éloignée de la réalité que les séries procédurières habituelles de CBS… mais vraiment, cette série a un fond et une vraie histoire. Son seul réel problème, c’est que tout cela est laissé de côté jusqu’au milieu de la saison 1, avant de finalement être développé de manière satisfaisante.

Des super-héros modernes

J’ai beaucoup aimé les deux personnages principaux, et le fait de me trouver face à deux inconnus dès le début de la série (surtout pour Finch, en fait…) et d’apprendre deux-trois trucs sur leurs passés respectifs au fur et à mesure, de la même manière que l’on fait connaissance avec une personne qu’on peut rencontrer dans la rue ou au boulot. D’entrée de jeu, on ne sait pas tout, et le fait de ne pas être omniscient et de ne pas déjà tout savoir apporte un grain d’originalité vraiment appréciable parce que la mécanique de la série n’apporte rien de véritablement innovant, avec une affaire à résoudre par semaine et un aspect feuilletonnant vraiment très léger qui fait qu’il est possible de louper des épisodes sans risquer de ne plus rien comprendre.

John Reese (Jim Caviezel)

John Reese (Jim Caviezel)

John Reese (Jim Caviezel) est un ex-agent de la CIA qui a fini par rencontrer quelques problèmes et qui – en plus d’avoir un problème avec l’alcool – s’est clochardisé et vit dans la rue, loin de tout. Un incident avec des voyous dans le métro lui vaut un petit séjour au commissariat, où il fait la conaissance du Détective Carter (Taraji P. Henson), qui essaie de déterminer qui il est puisque l’homme n’est pas bavard et n’a aucun papier d’identité sur lui. Jusque là… pas de quoi sauter au plafond, c’est un début de série comme un autre.

Là où ça commence à devenir intéressat, c’est lorsque Reese rencontre Harold Finch, de loin le personnage le plus intriguant et le plus intéressant de la série, incarné par le très lunaire – et très étrange – Michael Emerson (Lost, Saw…). Finch est un multi-milliardaire doublé d’informaticien de génie, diplômé du M.I.T, dôté d’une intelligence hors du commun… mais socialement inadapté. Je vois venir d’ici les « ouais, encore un cliché de génie » ou « c’est du déjà-vu », mais Finch est un personnage incroyable et sans c’est doute grâce à lui que j’ai bien voulu dépasser les quatre premiers épisodes de la série. Quelques fois, il suffit d’un personnage plus intéressant qu’un autre pour se retenir d’arrêter une série un peu moyenne (c’était le cas des premiers épisodes de Person of Interest – pour moi) et décider de poursuivre. Et quelque part, heureusement que ce personnage existait, parce que je serais vraiment passé à côté de quelque chose !

Harrold Finch (Michael Emerson), le "papa" de la Machine

Harold Finch (Michael Emerson),
le « papa » de la Machine

Finch, donc, est le « papa » de la Machine dont je vous parlais un peu plus haut. La Machine est capable de recueillir des informatios sur une liste de personnes qui ne tarderont pas à avoir des ennuis. Ce que ce petit bijou de technologie ne dit pas, c’est si ces personnes seront à l’origine de ces ennuis ou si elles les subiront, mais ce qui est en revanche très certain, c’est qu’elles seront impliquées dans quelque chose qui craint (attentat, braquage, accident…). Finch parvient à convaincre Reese, et les deux hommes font équipe: le premier décrypte les informations données par la machine et indique les personnes à surveiller au second, qui mène alors son enquête et agit en fonction de ce qu’il découvre afin d’empêcher un crime avant même qu’il ne survienne.

Comme le programme T.I.A. dont elle s’inspire, la Machine de Finch est capable de passer au peigne fin chaque élément en temps réel, permettant – entre autres – d’espionner des conversations téléphoniques, d’intercepter des mails, de suivre une personne à la trace en plein New York via les caméras de surveillance… le genre de choses violant très sympathiquement les libertés – pour le « bien commun », évidemment. En plus de tout ça, la Machine peut  également prévoir d’autres crimes jugés non-pertinents par le Gouvernement parce qu’ils ne concernent pas la sécurité nationale (vols, viols, assassinats, agressions…). C’est principalement à ces derniers que le duo Finch & Reese s’intéresse dans la série.

Un épisode pilote bien foutu

Si le contexte est clair dès la lecture du synopsis, le tout premier épisode nous laisse dans le flou concernant pas mal de détails. Si nous comprenons assez rapidement qui est Reese et quelles sont les grandes lignes de son passé, on n’entend pas parler de la Machine avant la fin de l’épisode, ce qui nous laisse un boulevard entier pour faire des suppositions sur la manière dont Finch parvient à prévoir les choses et comment il sait tout ce qu’il sait (Reese le soupçonne d’être médium, ce qui aurait pu être une autre manière de tout expliquer).

Finch (Michael Emerson) et Reese (Jim Caviezel)

Finch (Michael Emerson) et Reese (Jim Caviezel)

Jim Caviezel nous propose un Reese en mode action, très peu concerné par les dommages collatéraux matériels, jouant les gros bras quand il le faut, mais capable de poser des questions pertinentes quant il le faut. Il est crédible dans son rôle et nous aide à entrer dans l’univers de la série, parce que comme lui, nous ne savons rien de Finch, de la Machine, et nous ne savons pas à qui il est possible de faire confiance ou non.

Le seul bémol concernant le pilote, c’est son côté un peu trop lisse, un peu trop parfait, et son scénario un peu simple pour quelque chose conçu par un Nolan. Ce qui casse un peu la mise en place vue et revue, c’est – encore une fois – la manière dont est amené le personage de Finch, que l’on peut prendre tour à tour pour un mafieu, un fou et un génie parce qu’il utilise un peu tous ces codes en même temps et brouille très bien les pistes en ne répondant à aucune des questions que peut lui poser Reese.

Les épisodes suivants suivront cette construction, avec une première moitié d’épisode consacrée à la mise en place, et beaucoup plus d’action dans la seconde partie, qui verra également la résolution de l’affaire de la semaine; chaque épisode ayant sa propre intrigue et fonctionnant de manière presque indépendante, malgré quelques éléments récurrents. Le résultat pourrait finir par être lassant, de la même manière que les séries procédurières tendent à s’essoufler avec le temps, mais je dois dire qu’après 3 saisons complètes, je ne me suis toujours pas lassé de Person of Interest. J’imagine que cela doit venir du fait que les personnages ne sont pas uniquement là pour résoudre des enquêtes et sauver des vies à la chaîne, que leur passé est assez régulièrement évoqué et étoffé, et qu’ils évoluent sur un plan humain et psychologique. Rien n’est figé dans le marbre, tout est toujours en évolution, et c’est sans doute ce qui m’a amené à accrocher à un type de série duquel je ne suis pourtant pas très friand.

Rating: ★★★½☆
Avis: J’ai beaucoup aimé ces trois saisons et attends la quatrième avec une certaine impatience. J’ai autant apprécié le jeu des acteurs (avec un gros coup de coeur pour Michael Emerson) que le sous-texte de la série, à savoir que si tout le monde crie au loup et aux abus dès qu’il est questio de surveillance, cela peut également servir à sauver des vies… sans que cela n’enlève le côté intrusif qui dérange tant. Je sais qu’on a beaucoup dit qu’on appréciait certaines séries sans qu’elles soient extraordinaires ou « série de l’année »: c’est le cas de Person of Interest, ce qui n’empêche pas qu’il s’agisse d’une bonne série.

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