Review: Lucy (2014)

Lucy (c) EuropaCorp Distribrution

Lucy (c) EuropaCorp / Universal Pictures
– sorti dans les salles françaises le 6 aout –

Ecrit et réalisé par Luc Besson (Léon, Le Cinquième Élément, Jeanne d’Arc…), Lucy est un thriller de science-fiction dans lequel une jeune femme développe des pouvoirs illimités en développant les zones inutilisées de son cerveau. Le film est sorti sur les écrans le 25 juillet aux Etats-Unis, et – seulement – le 6 août dans les salles françaises. 

Luc Besson est de retour avec Lucy, sa dix-septième réalisation après Malavita, sorti en 2013. Il s’agit d’un thriller sur fond de science-fiction ancré dans notre époque. Une fois de plus, c’est une femme qui occupe la place centrale de l’histoire, comme on a commencé à avoir l’habitude avec le réalisateur français. Le thème abordé n’est pas encore usé jusqu’à la corde, il reste donc captivant et original. On éprouve donc une certaine curiosité devant ce genre de récit et on s’interroge sur la manière dont le thème sera traité. C’est cette curiosité qui nous pousse à nous diriger vers les salles obscures pour découvrir le film.

A la suite de circonstances indépendantes de sa volonté, une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini. Elle « colonise » son cerveau, et acquiert des pouvoirs illimités.

[ Allociné ]

On retrouve dès le début du film Scarlett Johansson (Lost in Translation, Match Point, L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux) dans la ville de Taipei (à Taïwan), devant un hôtel en compagnie de son copain. Ce dernier semble tremper dans des affaires louches et demande à Lucy de livrer pour lui une mallette au contenu inconnu à la réception de l’hôtel, puis de s’en aller. La jeune femme refuse de se mêler à une situation suspecte mais son copain finit par la « piéger » et la voilà forcée de répondre à sa demande…

Alors qu’elle effectue sa livraison, la personne censée récupérer le colis préfère prendre Lucy en otage dans les appartements qu’elle occupe. Morte de peur devant tous ces mafieux qui n’ont rien de rassurant, elle découvre que la valise contient une nouvelle drogue que la mafia projette de vendre en Europe une fois qu’elle aura réussi à lui faire passer la douane. Ainsi, Lucy et trois hommes se retrouvent obligés de faire la mule, mais la jeune femme va « absorber » la drogue contre sa volonté et verra les capacités de son cerveau se décupler. De là découle une histoire de vengeance contre ses tortionnaires parallèlement à la découverte de ce que le corps de Lucy subit alors que son cerveau voit ses capacités augmenter au fur et à mesure.

Ce film fait immédiatement penser à Limitless, réalisé par Neil Burger en 2011 et porté par un Bradley Cooper (Very Bad TripGuardians of the Galaxy…) dans un rôle qui lui va comme un gant. Comme dans Lucy, la drogue avait pour effet de pouvoir utiliser toutes les capacités de son cerveau. La petite différence entre les deux longs métrages tient dans le fait que dans le film de Luc Besson, Lucy maîtrise progressivement son cerveau alors que Bradley Cooper le maîtrise immédiatement à 100%. En visionnant Lucy, on en vient rapidement à se demander si les deux fins auront des similitudes ou si on doit s’attendre à quelque chose de complètement différent.

Morgan Freeman (Pr. Norman) et Lucy (Scarlett Johansson)

Morgan Freeman (Pr. Norman) et Lucy (Scarlett Johansson)

Un scenario un peu décevant

A première vue le scénario semble solide et tout indique que l’on aura droit à une histoire palpitante, sans trop savoir où on va s’engager au cours du visionnage. Le film dure 89 minutes, une durée à laquelle nous ne sommes pas habitués pour un film d’action. Dans ce cas, il y a deux possibilités: soit l’histoire est bien construite, tout s’enchaîne avec harmonie et on arrive à un dénouement tout à fait satisfaisant, soit les péripéties se succèdent rapidement pour un résultat bâclé. Lucy est un mélange des deux. La première partie de l’histoire est très bien amenée, parfaitement narrée… mais la fin est totalement bâclée. Et c’est bien dommage parce que le début est pourtant très bien agencé, parce qu’on entre facilement dans l’esprit du film et qu’on souhaite y rester immergé jusqu’à la fin. La déception vient dix minutes avant la fin lorsqu’on comprend que les événements s’accélèrent et que le dénouement est proche alors qu’on imagine qu’il doit rester une bonne demi-heure de film (mais seulement dix minutes en réalité…). Mais au moins, on ne voit pas passer les 1h29 que dure le film !

On se retrouve donc face à un scénario un peu léger: l’histoire est simple, la fin est bâclée…  comme si Luc Besson voulait vite se débarrasser du projet et passer à autre chose. C’est donc avec un arrière-goût de déception, un manque, un besoin d’en voir plus, que l’on quitte la salle.

Il y avait peut-être plus de choses à raconter. Il manque clairement un côté humain qui aide à s’attacher aux personnages. Mais ici on ne connaît rien des protagonistes. Tout ce qu’on sait de Lucy, c’est qu’elle est étudiante à Taïwan et qu’elle vit en collocation. Mais on ne sait rien de sa vie, de ses origines, et surtout de ce qui l’a amenée à Taïwan ou de ce qu’elle étudie. On ignore tous ces détails et il faut se contenter du peu qu’on sait. Certes cela laisse planer le mystère sur le personnage, mais c’est également c’est un peu frustrant de ne rien savoir du personnage principal.

Ce qui frappe surtout concernant Lucy c’est son évolution et la manière dont elle passe de la jeune femme effrayée par des mafieux à une personne sans âme qui ne ressent plus aucune émotion suite aux effets de la drogue sur son corps. Elle devient une sorte de robot avec des pouvoirs de Jedi, ce qui manque totalement de crédibilité. Avoir un cerveau plus développé peut aspirer notre âme et nous transformer en robot ?!

Mais dans ce cas-là on se demande si Luc Besson n’avait pas d’idée pour faire tenir debout un scénario crédible sur plus de 90 minutes, ou si – au contraire – il n’avait rien d’autre à raconter et n’avait donc pas besoin de davantage de temps. Si le scénario était plus riche, peut-être qu’on pourrait imaginer quelque chose de plus consistant. Et avec des bases aussi solides, il y avait de quoi monter une intrigue mieux construite et allonger le film d’une trentaine de minutes. Il y aurait alors eu de quoi mener l’histoire vers une conclusion plus fignolée qui aurait chassé cette impression de trop et d’inachevé peu lorsque le générique de fin défile sur l’écran.

Lucy: première femme sur Terre

Les premières secondes du film nous dévoilent un primate qui se désaltère au bord d’un lac, alerte, alors que des bruits suspects se font entendre. Puis nous basculons dans le monde d’aujourd’hui pour découvrir le personnage principal du film devant un hôtel. Il ne faut pas beaucoup de temps pour comprendre que le primate aperçu quelques instants auparavant était la fameuse Lucy, la première femme de la planète. Il s’agit d’une transition illustrant l’évolution de l’Australopithèque jusqu’à l’Homo Sapiens. On en vient facilement à faire la comparaison entre cette scène et la scène de transition de 2001 : L’Odyssée de l’Espace, une scène culte de pure beauté.

Ce passage de la Préhistoire à aujourd’hui illustre bien l’esprit du film qui consiste à mettre en avant l’évolution du primate jusqu’à l’Homme, en imaginant ce qui pourrait nous attendre dans les années à venir. Nous avons le droit à une étude du monde qui nous entoure ainsi que de la perception que nous en avons grâce à notre cerveau. Sont soulignées également les similitudes entre les hommes et les animaux d’une façon très bien menée: alors que Lucy va déposer le colis à l’accueil de l’hôtel, nous avons en parallèle des images d’antilopes surveillées par des lions embusqués, et on comprend alors qu’un étau se referme autour de la jeune femme. S’enchaînent ensuite des plans de Lucy qui cherche à livrer la mallette entrecoupés de séquences des lions qui s’approchent petit à petit des antilopes avant de se jeter dessus au moment où l’étudiante se fait prendre en otage par la mafia. Il s’agit d’une séquence qui accroit la force de la situation vécue par Lucy, qui malheureusement est trop rapidement abandonnée pour laisser la place à des scènes plus banales, comme une course poursuite en plein Paris, du pur Luc Besson qui fait repenser à la franchise Taxi.

Il y avait du potentiel pour une mise en scène originale et bien menée, comme cette scène où Lucy se venge de la mafia sur un fond de musique classique. Cette séquence est très bien montée, on ressent une certaine énergie combinée à un calme auquel on ne s’attend pas dans une situation pareille, renforçant l’état d’esprit dans lequel se trouve la jeune femme. Si davantage de scènes aussi travaillées avaient été ajoutées au film, son ton et son esthétisme auraient été différents et également plus impactants.

En ce qui concerne le travail des acteurs, il n’y a pas grand-chose à dire là-dessus. Scarlett Johansson ne fait pas étalage de tous ses talents. Il faut dire aussi qu’en campant une personne qui a tout l’air d’un robot, elle n’a pas grand-chose à faire à part tirer une tronche totalement neutre, avec parfois un petit sourire en coin. Dommage, parce qu’au début du film on avait le droit à quelques bribes de ce dont elle est capable. Morgan Freeman (Les Évadés, Seven, Deep Impact…) ne tient pas là un de ses plus grands rôles. Il joue bien, mais sans plus. Il a d’ailleurs l’air de se moquer un peu de son rôle et est loin de donner beaucoup de lui-même. Avec des acteurs qui n’ont pas l’air investis à 100%, le film perd un peu de sa crédibilité.

C’est quand même dommage, car la démonstration de talent d’un acteur est également ce qui fait qu’on s’attache à son personnage et qu’on s’accroche vraiment à l’intrigue du film – même lorsque celle-ci est un peu faible. Donc même si l’histoire est intéressante et qu’on rentre facilement dedans, la distance entre les spectateurs et les personnages – du fait qu’on ne sache rien d’eux – fait qu’on a un peu de mal à y croire, notamment à cause de leur jeu un peu faible. Au final, on ne s’attache pas aux personnages et leur sort nous laisse indifférent.

Le film nous invite à réfléchir sur notre place sur Terre, sur les capacités humaines et sur ce dont nous serions capables si nous avions la possibilité d’avoir accès à une part plus importante de notre cerveau. On se rend compte qu’en utilisant seulement 10% de nos capacités intellectuelles nous avons réussi à accomplir des choses extraordinaires et que nous pourrions faire tellement plus si nous en contrôlions une plus grande part. On se sent à la fois puissants et faibles, car il y a tellement de choses que nous pourrions réaliser pour faire du bien dans notre monde. C’est comme savoir que l’on possède une force phénoménale sans pouvoir y accéder. De cette constatation naît une petite frustration de ne pouvoir utiliser qu’une si petite partie de notre cerveau.

Finalement c’est bête mais nous apprenons des choses intéressantes grâce au personnage campé par Morgan Freeman, aussi bien sur nos capacités intellectuelles que sur le système de survie de nos cellules, conséquence de la façon dont nous avons évolués depuis la Préhistoire, ce qui ne fera pas le plaisir des adeptes du Créationnisme !

Rating: ★★☆☆☆
Avis: Le mélange entre thriller et science-fiction n’est finalement pas très bien mené, on aurait pu s’attendre à un film de meilleur qualité avec une intrigue plus solide, et la fin laisse un goût amer en bouche de par le fait qu’elle arrive bien trop rapidement, et de par la façon dont l’action finale est orchestrée. La durée de 89 minutes est donc bien trop courte, et on aurait voulu que les acteurs s’impliquent bien plus dans leur travail.

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