Review: Gotham

Gotham (c) Fox

Gotham (c) Fox
– Batman… mais sans Batman ! –

Basée sur le comics créé par le trio Bill Finger et Scott Snyder, et développée pour la télévision par Bruno Heller (Rome, Mentalist…), Gotham est une série policière présentée comme une préquelle de l’univers de Batman et nous propose de suivre le tout jeune Bruce Wayne et l’inspecteur Gordon dans une Gotham City gangrenée par le crime et la corruption. Le pilote a été diffusé le 28 septembre sur la Fox et a réuni près de 8 millions de téléspectateurs.

Je ne me souviens plus vraiment de ma réaction au moment où j’ai appris qu’une série sur l’univers de Batman allait être diffusée sur la Fox. Dans tous les cas et sans trop exagérer, je crois que ma réaction a du être riche en « putain » et en « génialissime » – bref, j’étais clairement emballé et j’avais hâte de voir ça ! J’ai d’abord cru à une série SUR Batman, mais j’ai rapidement déchanté. Pour la Fox, il s’agissait d’évoquer l’univers de Batman sans jamais évoquer Batman, du coup il fallait que l’action de la série se passe avant que Bruce Wayne ne décide de devenir le Batman. Bref, c’était un concept un peu particulier mais pourquoi pas, après tout !

Si le grand écran nous avait déjà permis de voir l’ « avant Batman » dans Batman Begins et The Dark Knight, il nous avait également laissé entrevoir un personnage intéressant en la personne du commissaire Gordon, incarné alors par Gary Oldman (Leon, Harry Potter…). Et si l’idée de créer une série sur la jeunesse de Bruce Wayne à la sauce Smallville aurait été une belle erreur doublé d’une sacrée connerie, s’intéresser à celui qui jusque là n’avait été qu’un personnage secondaire avait tout d’une bonne idée, notamment parce qu’il y a pas mal de choses à raconter sans risquer sans tomber dans des redites, d’inventer des histoires incohérentes. Alors pour ça aussi, j’étais impatient !

Tout le monde connaît le Commissaire Gordon, valeureux adversaire des plus dangereux criminels, un homme dont la réputation rime avec « loi » et « ordre ». Mais que sait-on de son histoire ? De son ascension dans une institution corrompue, qui gangrène une ville comme Gotham, terrain fertile des méchants les plus emblématiques ? Comment sont nées ces figures du crime, ces personnages hors du commun que sont Catwoman, le Pingouin, l’Homme-mystère, Double-Face et le Joker ?

[ Allociné ]

Gotham, c’est avant tout les débuts du tout jeune inspecteur de police Jim Gordon, incarné par Ben McKenzie (Newport Beach, Southland…), et son combat contre le crime organisé. La série débute avec l’assassinat des parents de Bruce Wayne (David Mazouz) dans une ruelle sombre. Dès les premières images, nous sommes plongés dans l’ambiance « ville tombée aux mains des malfrats », et c’est plutôt une réussite. L’ambiance est sombre, beaucoup de scènes sont tournées de nuit et accentuent cette impression d’oppression et de danger, un peu comme si quelqu’un pouvait se cacher dans chaque recoin et attendre le bon moment pour nous tomber dessus et nous mettre une balle dans la tête ou un coup de couteau pour 20$ dans un portefeuille… Les décors participent beaucoup à cette impression de danger permanent, et j’ai vraiment été bluffé par leur qualité !

Les scénaristes ont fait le choix de situer Gotham dans un passé un peu décalé, où les vieilles voitures et les énormes télévisions cohabitent avec les téléphones portables. J’ai trouvé ça assez original et – franchement – assez osé. Ça apporte quelque chose de plus, ça donne vraiment un univers particulier à la série qui n’est donc pas un copier-coller de l’ambiance et de l’univers des deux films de Tim Burton (Batman, Batman returns). Pour ceux qui connaissent un peu, ça m’a beaucoup rappelé la série animée Batman, de Bruce Timm, que je regardais quand j’étais gamin – de très bons souvenirs, donc ! Gotham est humide, sombre et sale… elle est PARFAITE !

Fan service

Dans le pilote, on nous présente presque l’intégralité du bestiaire Batman: se succèdent ainsi à l’écran en une vingtaine de minutes Cobblepot / le futur Pingouin (Robin Lord Taylor), Selina Kyle / la future Catwoman (Camren Bicondova) vole du lait pour le donner à des chats… mais aussi le futur Enigma (Cory Michael Smith) qui pose des devinettes, Fish Mooney (Jada Pinkett-Smith), ou encore la jeune Poison Ivy (Clare Foley) qui vit entourée de plantes… Et concrètement, c’est trop. Parce qu’on a bien compris que la série se déroulait dans l’univers de Batman et qu’on y rencontrerait forcément des personnages issus des comics. Parce qu’on n’a pas besoin qu’on insiste à ce point là-dessus juste pour nous montrer Catwoman 25 secondes à l’écran. J’aurais préféré découvrir ces personnages dans le cadre d’un arc narratif plutôt que de les voir tous entassés dans le pilote.

Sur un tout autre plan, je n’ai pas compris la nécessité de faire figurer le jeune Bruce Wayne dans Gotham si la série ne parle pas de Batman. A part un gros clin d’oeil fait aux fans, les scènes avec le gamin n’apportent rien puisque nous sommes censés suivre les enquêtes de Gordon.

Une écriture horrible

Gotham est mal écrite. Les scénarios sont globalement mauvais et j’ai vraiment l’impression que les scénaristes ne savent pas du tout où ils veulent aller, un peu comme s’ils n’avaient pas voulu se lancer sur une intrigue de saison par peur d’être annulés avant. Les personnages sont caricaturaux au possible et n’ont pour l’instant (on peut essayer de rester optimiste en espérant que ça évoluera par la suite…) aucune nuance: soit ils sont bons au point d’en être complètement naïfs, soit ils sont pourris jusqu’à la moelle. Il n’y a aucun état d’esprit intermédiaire.

La plus belle illustration de ce défaut exaspérant est sans doute le tandem Gordon – Bullock. Gordon est présenté d’entrée comme le mec bon, droit dans ses bottes, avec un sens de l’honneur inébranlable… et la liste pourrait encore s’allonger. Et comme cette droiture ne soufre aucune nuance, le personnage est caricatural et n’est capable d’aucune nuance, d’aucune diplomatie. Il n’y a qu’un scénariste de Gotham pour croire qu’un petit flic qui fait autant de remous et qui est à ce point incapable de la jouer profil bas va réussir à survivre jusqu’à la fin de la saison sans se faire assassiner lui aussi dans une ruelle sombre – mais bref. Un hasard pas si heureux que ça a en plus voulu que le rôle de Gordon soit confié à Ben McKenzie, qui possède en tout et pour tout une unique expression faciale à sa palette et qui nous offre donc un air plus ou moins ahuri – en fonction des circonstances – dans chacune des scènes où il apparaît. Très clairement, il y avait des acteurs un peu plus expressifs disponibles pour le rôle, et il fallait sans doute être directeur de casting sur Gotham pour conclure que cet acteur serait parfait dans le rôle.

En face, il y a Bullock, le parfait opposé de Gordon. On nous le présente comme dépourvu de toute forme de moralité, pourri… et bien entendu, lui aussi dépourvu de toute nuance au point d’en devenir horriblement cliché. Le personnage est incarné par le très bon Donal Logue (Copper, Sons of Anarchy, Vikings…), qui a du accepter le rôle avant d’avoir lu le script parce que très clairement je ne comprends pas ce qu’il fait sur un projet comme Gotham. Alors il fait ce qu’il peut et joue le flic rustre, pourri, sans moralité et caricatural.

Et très logiquement, ce tandem ne fonctionne pas parce que les deux personnages qui le composent sont beaucoup trop loin dans le cliché. De la même manière, on a un peu trop forcé le trait sur le côté « ville pourrie » de Gotham en faisant en sorte que TOUTE LA POLICE soit corrompue à l’exception de Gordon. La série aurait pu gagner en dynamique à ce niveau et être beaucoup plus crédible.

Rating: ★☆☆☆☆
Avis: Après trois épisodes, je n’ai toujours pas compris où Gotham voulait en venir. J’ai trouvé la dynamique de la série mauvaise, et n’ai pas compris comment le tandem flic parfait / flic pourri allait pouvoir continuer à être au centre de la série en fonctionnant aussi mal. Je n’ai pas non plus compris comment on pouvait produire quelque chose d’aussi mauvais avec une base de travail aussi riche que l’univers de Batman. Richesse qui se manifeste très mal à travers l’entassement de clin d’oeils à des personnages issus des comics, quitte à faire frôler l’overdose aux téléspectateurs. Je m’attendais à plus de finesse et de subtilité; je n’ai eu que des intrigues rédigées avec des gants de boxe et des personnages taillés au burin… Et pourtant, le potentiel de départ était bon !

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