Review: Game of Thrones « Valar Dohaeris »

Game of Thrones (c) HBO

Game of Thrones (c) HBO
Peter Dinklage (Tyrion Lannister)

Pour la reprise de l’une de ses séries phares, HBO a mis les petits plats dans les grands. Et ça a commencé dès décembre 2012 avec un poster promotionnel tout simple ne laissant absolument rien entrevoir de ce que sera cette troisième saison, mais précisant juste la date du retour de la série sur les écrans américains. Différentes activités et clichés des saisons précédentes sont publiés chaque jour sur les réseaux sociaux avec l’objectif très clair de ne pas laisser les fans sans nouvelles de leur show… et si on considère le nombre de commentaires et la vitesse à laquelle certaines images et informations se répandent comme des trainées de poudre, la stratégie est très clairement payante. Les choses deviennent ensuite plus concrètes avec une foultitude d’affiches à l’effigie des personnages principaux. Plus récemment, l’ombre d’un dragon a plané sur les pages du New York Times du 25 février… de quoi faire piaffer les fans d’impatience en attendant le 31 mars.

La reprise de la série est d’ailleurs l’occasion pour HBO de mettre en place un vaste week-end promotionnel au cours duquel la chaîne câblée pouvait être vue même par les non-abonnés. Un gros coup assené aux autres chaînes quand on sait d’une part à quel point cette saison 3 est attendue, et d’autre part quand on a conscience de ce que peut coûter un abonnement au câble aux Etats-Unis… L’occasion pour HBO de réaliser une grosse part de marché tant sur sa cible habituelle (les fans abonnés) et sur un public plus large (les curieux) et – tant qu’à faire – d’attirer de nouveaux abonnés. La machine semble bien rodée et il faudra vraiment le fait exprès pour louper ce series premiere. Les télespectateurs auront donc eu à choisir entre le series premiere de Game of Thrones sur HBO, le grand retour de Doctor Who sur BBC America (on vous en parlera assez rapidement) et le series finale de the Walking Dead sur AMC. Dimanche soir, c’est un total de 4.4 millions de spectateurs qui se sont branchés sur HBO dès 21 heures pour ne rien manquer de ce season premiere. Le score final pour cette reprise atteindra les 6.7 millions grâce aux diffusions bis sur les deux autres chaînes du groupe HBO et aux vues directement via le player du site internet de la chaîne, soit une augmentation du nombre de spectateurs de près de 13% par rapport au premier épisode de la saison 2 diffusé l’année dernière. Un résultat qui n’est peut-être pas étranger à la multiplication des rediffusions des épisodes des saisons précédentes sur les différentes chaînes du groupe HBO et via les canaux de vidéo à la demande depuis quelques mois.

Game of Thrones est devenue la série télévisée la plus piratée au monde pour l’année 2012, avec une moyenne de 4.2 millions de téléchargements par épisode (source: Torrentfreak); conséquence plus ou moins directe de la diffusion de la série sur une chaîne payante et des délais parfois indécents après lesquels les séries sont diffusées dans certains pays. Mais pour Michael Lombardo, directeur des programmes d’HBO, il n’y a aucune inquiétude à avoir: regarder la série par des moyens détournés sans payer un abonnement à la chaîne, est un compliment. Une manière un peu zen de considérer les choses qui s’explique par le record de vente des DVD de la saison 2 dès leur sortie… Oui, ça aide à relativiser. Forcément.

Quoi qu’il en soit, le record est déjà battu avec « Valar Dohaeris », qui a été téléchargé / partagé simultanément par 160.000 personnes. Mais malgré tout, HBO développe sa politique anti-piratage en tâchant de réduire au maximum les délais de diffusion à l’échelle mondiale. Ainsi et de manière non exhaustive, les épisodes de la saison 3 sont diffusés le soir même sur le Showcase australien, et 24 heures après leur diffusion américaine sur la chaîne Sky Atlantic (pour les britanniques), et sur Orange Cinema Series pour la seconde année consécutive (pour les français).

Dans les épisodes précédents...

La saison 2 s’est clôturée sur l’épisode « Valar Morghulis », épisode épique dans lequel les évènements se sont succédés à un rythme haletant. Le plan d’attaque de Stannis Baratheon (Stephen Dillane) originellement élaboré par Tyrion (Peter Dinklage) ne lui rapporte aucune gloire, aucune gratitude et lui vaut d’être relégué dans une espèce de cellule de moine sombre comme le bon mouton noir qu’il a toujours été. On apprend également que l’assassinat discret de Tyrion sur le champ de bataille avait été planifié par sa soeur Cersei (Lena Headey). Joffrey Baratheon (Jack Gleeson) s’est écarté du chemin que lui traçait sa mère Cersei (Lena Headey), tente de fuir le champ de bataille pour sauver sa peau, répudie ensuite sa promise Sansa Stark (Sophie Turner) pour prendre comme future épouse Margaery Tyrell (Natalie Dormer).

Daenerys Targaryen (Emilia Clarke) retrouve et sauve ses bébés dragons, et ces derniers font un usage satisfaisant de leur puissance de feu pour rôtir l’homme qui les avait éloignés de leur mère. Robb Stark (Richard Madden) épouse Lady Talisa (Oona Chaplin), faisant fi des recommandations de sa mère Catelyn (Michelle Fairley) qui lui rappelait sa promesse d’union avec l’une des filles de Lord Frey (David Bradley).

Brienne (Gwendoline Christie) voyage avec Jaime Lannister (Nikolaj Coster-Waldau) et obtient son respect après s’être débarrassée de trois hommes du nord au service de Robb. Arya Stark (Maisie Williams) dit adieu à son « ami » assassin Jaqen H’gar (Tom Wlaschia), et ce dernier lui apprend qu’il est l’un de ces hommes sans visage, les assassins les plus craints du royaume parce qu’ils sont capables de changer d’apparence à volonté. On avait également fait connaissance avec les créatures-zombies aux yeux bleus en plein rassemblement au-delà du mur, et la bataille qui se profilait pour les arrêter…

Voilà où les scénaristes nous avaient abandonnés l’année dernière, à l’issue de la saison 2. Ce qu’on nous a promis pour cette saison 3 ? De nouvelles têtes au casting, avec notamment Diana Rigg (the Avengers) ou Ciarán Hinds (Political Animals, Munich…) dans cette adaptation de la première moitié du tome 3 de la saga A song of ice & Fire: a Storm of Swords. Beaucoup de rumeurs toutes plus folles les unes que les autres ont filtré à propos des différents guests de cette saison, mais plutôt que d’y aller de nos suppositions, nous nous concentrerons sur les éléments essentiels. Comme notamment l’alléchant trailer de la saison 3:

Le grand soir (!)

« Valar Dohaeris », premier épisode de la saison 3 fait un magnifique écho à « Valar Morghulis », qui clôturait la saison 2. Il ne faut d’ailleurs pas aller chercher bien loin la provenance de ces deux expressions en haut-Valyrien naturellement associée, Valar Morghulis (all men must die) étant la réponse traditionnellement apportée à l’énonciation de Valar Dohaeris (all men must serve).

Dès le début de l’épisode, on retrouve d’abord Samwell Tarly (John Bradley), rescapé du raid de fin de saison dernière et seule dans un désert de glace. Mais on ne s’attarde pas davantage sur son cas après qu’il ait reçu quelques brimades de son supérieur. Oui, Sam a encore une fois été incapable de faire l’unique chose qui lui était demandée… Les conséquences ? On verra ça plus tard. De la même manière que l’on verra plus tard ce que le sort a réservé à Arya Stark, au tandem Jaime Lannister / Brienne, à Brann… et à d’autres. Un peu comme si le format de la série était à présent trop court malgré les 4 minutes de plus par épisode par rapport à ceux de la saison précédente pour à la fois introduire de nouveaux personnages et continuer à suivre les anciens.

Liam Cunningham (Ser Davos) et Carice van Houten (Melisandre)

Liam Cunningham (Ser Davos) et Carice van Houten (Melisandre)

Cependant, ce choix semble calculé et nous évite une impression de « trop » – trop de gens, trop vite… donc trop peu d’action à suivre – et donc l’effet juxtaposition de tout et n’importe quoi.

Les forces armées de Lord Stannis ont été écrasées lors de la bataille de Blackwater et de ce fait Joffrey occupe toujours le Trône de Fer. Ce constat fait, la majeure partie de l’épisode se déroule de l’autre côté du mur, et nous y passons un moment absolument glacial en compagnie de Jon Snow, toujours aux prises avec les sauvages, raillé par Ygritte (Rose Leslie) et bombardé de pierres en raison de son statut passé au sein de la Night’s Watch. L’heure des questionnements arrive et rapidement Mance Rayer (Ciarán Hinds), l’actuel chef des sauvages, cherche à comprendre comment un Corbeau minuscule a pu venir à bout de l’un de ses hommes pourtant robuste et expérimenté au combat. La réponse est claire et sans ambiguité:

“My father told me big men fall as quickly as little men if you put a sword through their hearts” ~ Jon Snow

Tout est une question d’épée – point barre. Ce qui n’empêche pas l’entourage de Mance Rayder de continuer de douter… Alors du coup, tous cherchent à comprendre ce qui pousse Jon à retourner sa veste et à quitter « les Corbeaux ». Après une tentative de réponse relativement peu convaincante – même pour nous – la seconde tentative s’avère déjà beaucoup plus concluante: dégouté par la manière dont le commandant Mormont gérait les affaires au-delà du mur (en fermant notamment les yeux sur les unions incestueuses de l’immonde Craster, pour ne citer que ça). Une motivation à quitter la Night’s Watch qui se tient, qu’on considère que Jon essaie de se faire une place confortable pour ne plus être considéré comme un prisonnier ou qu’on le considère comme un prisonnier essayant simplement de mentir pour sauver sa peau. Cette excuse combinée à l’assassinat de Qhorin un peu plus tôt, et il n’en fallait pas davantage pour que Mance accueille Jon dans ses rangs.

A Kingslanding, Littlefinger évoque avec Sansa sa promesse de l’aider à s’échapper de la ville. Tyrion est cloîtré dans sa chambre… et avec simplement une cicatrice en deux parties relativement discrètes et esthétiques. Donc rien à voir avec le Tyrion sans nez et complètement défiguré que l’on évoquait dans les livres – Cersei fait d’ailleurs référence à ce détail en plaisantant sur le fait qu’on lui avait rapporté que Tyrion avait perdu son nez; un clin d’oeil assumé à l’oeuvre originale qui est vraiment bienvenu. Mais ce détail se fait assez rapidement oublier devant la qualité du jeu d’acteur de Peter Dinklage, qui campe un lion léchant ses blessures mais malgré tout toujours combatif. La scène qu’il partage avec Cersei est l’occasion de constater la tension palpable existant entre eux.

“You’re not as clever as your think you are” ~ Cersei
“That still makes me more clever than you” ~ Tyrion

Les scènes dans lesquelles apparaissent Tyrion sont formidables pour des raisons toujours très variées. Avec Cersei, il fait preuve d’une passivité mêlée d’agressivité assez contradictoire. Avec Bronn, il se montre amical. Avec Tywin, l’échange est à la fois intense, captivant et cruel.

Natalie Dormer (Margaery Tyrell)

L’accent est ensuite clairement mis sur l’interaction entre Joffrey et Margaery, le premier étant tellement haï qu’il n’a d’autre choix que de se dissimuler complètement pour pouvoir sortir de son palais sans risquer de se faire trucider, et la seconde étant capable de fausser compagnie à son escorte pour aller à la rencontre des orphelins de la ville et passer du temps avec eux. Plus tard, un dîner entre les futurs époux et la Reine régente Cersei nous laisse entrevoir que Margaery n’est pas dans ses bonnes grâces… Ce qui n’empêche pas Joffrey, que l’on avait vu se comporter comme le dernier des rustres avec Sansa, donner l’impression de faire des efforts pour réfreiner son détestable caractère afin de séduire la jeune femme. Jusqu’à quel point pourra-t-il réussir à maintenir cette façade aimable et bien sous tous rapports ?

Robb et Lord Bolton découvrent un véritable charnier à Harrenhal, mais on ne s’attarde guère plus que pour nous rappeler à quel point il en veut à sa mère d’avoir libéré Jaime Lannister. Ou pour sauver un rescapé du massacre d’Harrenhal. Mais rien de plus… Ser Davos (Liam Cunningham) est retrouvé en mer sur un îlot de pierre et rejoint Dragonstone avec la volonté de reprendre sa place aux côtés de Stannis… mais également un plan visant à tuer Melisandre. Malheureusement, menacer la prêtresse ne lui apporte rien d’autre que de finir dans une cellule plongée dans l’obscurité…

Emilia Clarke (Daenerys Targaryen)

A Astrapor (nouvellement ajoutée sur la carte du générique d’ouverture), Daenerys fait l’acquisition de Sang-coureurs, guerriers ne craignant ni la douleur, ni la mort, et complètement dévoués à leur propriétaire. La scène où leur qualités sont vantées en long, en large et en travers était utile pour bien comprendre la nature de la marchandise acquise. Une scène qui aurait d’ailleurs pu être rébarbative au possible, mais qui est pourtant très bien passée avec le jeu du vendeur sur les langues qui lui permet de copieusement insulter Daenerys puisque la traductrice fait ici office de filtre. Quelques scènes plus tard, le lien Wessos / Westeros se fait via l’arrivée de Barristan Selmy, qui au passage sauve la vie de la jeune femme et se déclare ensuite prêt à protéger et à servir la dernière représentante de la maison Targaryen.

Rating: ★★★★½
Avis: Dragons, géants et créatures extraordinaires font leur grand retour sur nos écrans ! Au final, il y avait assez peu de surprises et de rebondissements réels, et une tendance assez étrange à vouloir remettre en mémoire qui est qui et qui veut quoi à chaque spectateur – ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise chose, suivant que l’on ait été un spectateur assidu ou un novice que la curiosité amène à jeter un oeil à la série. Je n’irais pas jusqu’à parler de temps perdu parce que que ce procédé a une utilité réelle du point de vue de la continuité, mais c’était sans doute un peu trop par moments… En revanche, le travail d’adaptation et de transposition de l’oeuvre de J. R. R. Martin a été mené avec davantage d’application que pour la seconde saison, et il était à la fois plaisant et perturbant de se dire qu’une scène paraissait étrangement familière parce qu’elle avait été décrite de cette manière avec une multitude de détails dans les livres. Plaisant, parce que l’oeuvre n’a pas été altérée pour rendre la série encore plus sexy. Et perturbant à cause de cette impression de déjà vu… Le plongeon dans les intrigues de cour reprend sans nous laisser vraiment de répit, et c’était là encore très appréciable. Une reprise à la hauteur, avec un soin toujours aussi méticuleux à nous proposer des visuels (décors, costumes et effets numériques) absolument magnifiques. Vivement la suite !

L’info de dernière minute: après cette reprise très suivie, la chaîne HBO n’a pas hésité à annoncer dès hier le renouvellement de la série pour une quatrième saison qui sera diffusée l’année prochaine.

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