Review: the Americans

the Americans (c) FX

the Americans (c) FX
Mathew Rhys (Phillip Jennings) & Keri Russell (Elizabeth Jennings)

Créée par Joseph Weisberg (Damages, Falling Skies…), the Americans est une série d’espionnage mettant en scène un couple d’agents secrets du KGB installés dans la banlieue de Washington et complètement fondus dans la masse, mais pourtant très actifs. La série a été diffusée pour la première fois sur la chaîne cablée FX en février 2013, et la diffusion de la saison 2 a débuté le 26 février. 

FX est une chaîne cablée américaine qui s’était déjà faite positivement remarquer avec des productions originales comme the Shield, Damages, ou – plus récemment – Sons of Anarchy. The Americans reste dans la continuité, avec en plus le pari osé de mettre un anti-héros sous les projecteurs et d’en faire le protagoniste d’une série qui se déroule dans les années 80, pendant la Guerre Froide.

La saison 1 a permis de poser les bases de plein de choses, qu’il s’agisse de l’histoire, de la psychologie des personnages ou des relations unissant protagonistes et personnages secondaires. Avec une ouverture de saison 1 avec 3.22 millions de téléspectateurs et une moyenne de 1.6 millions de téléspectateurs pour cette première saison, une saison 2 a été commandée et a débuté sa diffusion le 26 février, réunissant un total de plus de 1.9 millions de téléspectateurs. De beaux scores pour une chaîne câblée pour les premières diffusions, mais aussi sur les visionnages en replay et les ventes de DVD / Blu-Ray, qui font passer le nombre de téléspectateurs à 3.38 millions pour la saison 1.

Phillip et Elizabeth Jennings, deux espions du KGB s’installent avec leurs deux enfants dans la banlieue de Washington au début des années 80, juste après l’élection de Ronald Reagan à la Présidence. Se sentant une certaine affinité pour le mode de vie américain, le couple voit ses convictions mises à rude épreuve. Assumer une double identité va devenir de plus en plus difficile pour eux, d’autant qu’en cette période de Guerre Froide, le moindre faux pas peut leur coûter la vie…

[ Allociné ]

Le couple bien lisse, bien comme il faut et très américanisé se compose de Matthew Rhys (Columbo, Brothers & Sisters, the Scapegoat…) et Keri Russel (Félicity, August Rush, Dark Skies…), très convaincants dans la peau d’agents du KGB sous couverture, à une époque où il ne fait vraiment pas bon être « un Rouge » aux Etats-Unis…

Les Jennings sont en apparence une famille américaine typique, les parents sont agents de voyage, ont deux enfants adolescents, habitent dans un quartier résidentiel de Whashington, et ont des activités (sorties, cinéma, parc de loisirs…) somme toute assez normales – bref, rien qui ne soit susceptible d’attirer l’attention de la CIA sur eux. Philip et Elizabeth mènent une vie paisible, apparemment rangée, où les petits-déjeuners sont pris en famille dans la bonne humeur et le calme alors qu’un homme est ligotté dans le coffre de leur voiture. A aucun moment les adolescents ne se doutent de ce que leurs parents peuvent être amenés à faire pour les besoins d’une mission, ou même du fait que leurs parents sont en réalité des agents russes sous couverture.

Keri Russel (Elizabeth)

Keri Russel (Elizabeth)

De ce duo, Elizabeth est le personnage le plus intense, le plus concentré sur sa mission, le plus militant, alors que Philip est plus empathique et donc plus en proie au doute. Les deux acteurs rendent bien compte de ces deux dynamiques, prouvant ainsi qu’ils ne sont au final que deux agents que l’on a mis ensemble pour les besoins d’une mission, et donc deux individus mus par des motivations parfois différentes. Si Philip aimerait que ce mensonge (leur vie paisible, leurs enfants, leurs quelques amis…) devienne leur véritable identité, Elizabeth, elle, reste à 100% fidèle à sa patrie, se disant prête à aller en prison et à mourir pour ne pas trahir la cause. La relation de ces deux agents est complexe parce qu’à chaque seconde ils doivent composer avec leur dévotion à leur pays et la dévotion « forcée » l’un envers l’autre.

Hors couverture, Elizabeth et Henry Jennings sont des espions russes et devront s’acquitter d’un certain nombre de missions pour la gloire de leur Russie natale. Tout dans leur vie bien rangée a été soigneusement construit, on les a présentés l’un à l’autre en Russie bien avant de les envoyer en Amérique, on leur a appris à parler un anglais parfait et complètement dépourvu d’accent slave… ça, et toutes les techniques d’espionnage / combat / infiltration. Jusque là, vous vous dites sûrement que « ouais, c’est une série d’espionnage comme toutes les autres »… Et on ne peut pas dire que les premières minutes de la saison 1 laissent entendre qu’il y aura autre chose que des magouilles d’espions au menu. Et bien si. The Americans est bien plus qu’une série d’espionnage classique.

Je passerais mon tour sur les points communs et ressemblances supposé(e)s avec la série Homeland… parce que je ne l’ai pas suivie. Et aussi parce que ce n’est pas le propos.

Les Russes sont nos amis (on n'y touche plus)
Matthew Rhys (Philip)

Matthew Rhys (Philip)

Après des décennies de films (et séries) où les Américains étaient les héros bien pensants et sauvaient le monde de la menace russe, irakienne, iranienne […] et où défilaient des hordes d’espions sans âmes dont la fonction se résumait à 1° poser des bombes, 2° voler des armes secrètes, 3° faire chanter des diplomates américains […] et à mourir dans une fusillade ou dans une cellule de torture, il était quand même plus que temps de présenter cette période de l’histoire sous un jour un petit peu moins américano-centré.

C’est ce que Joe Weisberg a entrepris avec the Americans: humaniser ceux qui jusque-là avaient toujours été cantonnés dans la catégorie « cible à abatre », « méchants » et donc quantité négligeable face aux glorieux héros américains.

Le résultat est particulièrement réussi, sans non plus verser dans le mélo/psychodrame à tout bout de champ et sans non plus faire passer ces deux experts en mensonge et manipulation pour des victimes parce qu’Elizabeth et Philip assument ce qu’ils font autant que ce qu’ils sont, pas par fierté déplacée mais bien parce qu’ils sont loyaux envers leur patrie – « Mother Russia », comme ils l’appellent affectueusement lorsque personne n’est là pour les entendre – et savent que leur couverture doit perdurer coûte que coûte s’ils veulent prouver leur utilité dans cette période de Guerre Froide.

Noah Emmerich (Stan)

Noah Emmerich (Stan)

Là où ça devient intéressant, c’est que leur couverture si parfaite prend de plus en plus de place au fil des épisodes. Sans trop spoiler, on peut évoquer quelques problèmes de couples et d’éducation de leurs deux adolescents… – les tracas de n’importe quel parent, espion ou non. C’est ce qui donne une dimension particulière à the Americans pour moi, dans la mesure où on ne se contente pas de suivre Elizabeth et Philip et de les suivre de mission en mission, mais on découvre également leur quotidien.

Je me souviens encore de cette impression bizarre en tout début de saison 1, où tout en sachant que ces espions faisaient leur possible pour obtenir des renseignements à transmettre à l’ennemi (la vision américano-centrée a la vie dure), je commençais progressivement à trouver ces « Rouges » attachants, justement parce qu’ils avaient une famille, un quotidien – bref, une existence réelle.

C’est en cela également que je trouve la série particulièrement réussie, parce qu’autant on démarre avec un a priori engendré par à peu près tout ce que l’on peut voir à la télévision où le russe est forcément un espion sanguinaire à abattre pour le bien de tous. Dans the Americans, les espions russes démasqués ne font jamais long feu et finissent – très souvent – dans un très sale état… de quoi se demander qui de ces deux agents russes / parents attentionnés et des agents de la CIA est le plus impitoyable. Et si le doute s’installe dans vos esprits, c’est que la série aura produit l’effet escompté.

Rating: ★★★★½
Avis: Cette bouffée d’air frais ! Ca change de ce qui a déjà été vu, dans la manière d’amener le scénario et les intrigues, dans le développement des personnages… ; c’est original et ça fait plaisir ! Je pourrais encore y aller d’une petite vingtaine de lignes tant cette série me paraît bien pensée, mais je vais faire ultra court pour conclure: si vous en avez marre de ces séries où les personnages sont pensés de manière manichéenne et où un américain > all et a toujours le dernier mot, foncez ! The Americans, c’est une autre manière de voir la Guerre Froide, avec un point de vue russe que je n’avais encore jamais vu aussi bien exploité.

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