Preview: Black Mirror

Black Mirror (c) Channel 4 / Zeppotron

Black Mirror (c) Channel 4 / Zeppotron
– à partir du 1er mai sur France 4 –

Créée par Charlie Brooker (10 O’Clock live, How TV ruined your Life, Screenwipe…), Black Mirror est une fable contemporaine proposant une critique à la fois intelligente et dérangeante de la façon dont notre société fait usage des nouvelles technologies, et de sa dépendance aux écrans de manière générale. La série a été diffusée pour la première fois au Royaume-Uni sur Channel 4 en décembre 2011 (saison 1) et février 2013 (saison 2), a a réuni près de 1.6 millions de téléspectateurs. En France, la série est à découvrir sur France 4 ce soir dès 22h35.

Expatriée anglaise depuis quelques années, j’ai vu Black Mirror il y a quelques années déjà, à l’occasion de sa première diffusion. Dès le départ, le thème de la série m’avait attirée par curiosité autant que pour le travail qu’avait déjà accompli Charlie Brooker par le passé sur l’impact de la télévision sur nos vies (How TV ruined my life) ou pour sa dénonciation ironique de la télé-réalité dans une séria parodiant Big Brother (Dead Set) – pour ne citer que ces deux-là. La série s’est bien exportée à l’étranger et a reçu un très bon accueil… mais rien en France. Je crois que ça, c’était un peu dommage: Black Mirror, c’est une série à côté de laquelle on ne peut pas passer pour toutes les raisons que je développerais un peu plus bas.

Il aura fallu 3 ans et un achat des droits de diffusion par France 4 pour que la série soit diffusée en France. A 22h35, certes… mais c’est déjà un grand pas. Peu familière des programmes de la chaîne pour diverses raisons, j’aurais plutôt attendu une diffusion de Black Mirror sur une chaîne comme Arte, qui a déjà diffusé pas mal de dramas britanniques originales (on vous avait d’ailleurs parlé sur britishgeeks de séries comme Secret State ou Wallander) et ne ciblant pas forcément l’ado de base de 17 ans, qui veut voir des « belles gueules », des intrigues déjà vues et revues 1.000 fois ailleurs, ou des séries « branchées » dont tout le monde parle. Mais quelque part la boucle est bouclée parce que déjà en 2011, les britanniques s’étaient également étonnés de voir cette série sur Channel 4 plutôt que sur une chaîne du service public.

22h35, c’est un peu tardif pour démarrer la diffusion d’une série, surtout si on espère qu’il y aura du monde devant son écran. Sur ce point, j’aurais pu me fendre d’un paragraphe bougon expliquant que c’était tuer le potentiel de la série dans l’oeuf, surtout en la diffusant après des rediffs d’une série (NdlR: Band of Brothers, sortie en… 2001). Mais Black Mirror ne pouvait rentrer dans aucune case de diffusion française à 20h50, toutes chaînes confondues.

Et sinon... ça parle de quoi ?

Indirectement inspirée de séries comme the Twilight Zone (Rod Sterling), Tales of the Unexpected et de l’oeuvre de Philip K. Dick (Ubik, SimulacraBlade Runner…), Black Mirror est une mini-série où chaque épisode (3 par saison) est indépendant et met en scène différents protagonistes. Malgré tout le fil conducteur reste le même: jusqu’où va le rapport entre l’Homme et la technologie ? La série apporte une ébauche de réponse(s), esquissant assez subtilement et avec un côté très angoissant ce vers quoi notre société pourrait tendre sous l’influence des nouvelles technologies. Le tout est servi par une intrigue à chaque fois ingénieuse et rythmée, de même que par un casting soigneusement choisi.

Ce « black mirror », c’est l’écran devant lequel on se pose – et s’abrutit – chaque jour: téléphone portable, tablette, ordinateur, télévision… La critique de notre société est acerbe, parfois même acide ou empreinte d’ironie. Le résultat est profondément dérangeant, que l’on se reconnaisse dans les actes des protagonistes ou dans la foule des « esclaves » des écrans, et la démonstration est à chaque fois habilement menée, pour ne nous faire percevoir l’ultime horreur d’une situation qu’à la fin, après avoir passé tout un épisode à ressentir un malaise qui ne cessait de croitre. Black Mirror a ce petit quelque chose d’à la fois fascinant et et écoeurant à la fois, et c’est probablement ce qui rend la série aussi délicate à diffuser en prime time ou à n’importe quelle heure où les plus jeunes pourraient tomber dessus. Très clairement, je ne compte pas les scènes où je suis restée figée devant mon écran de télévision, une main plaquée devant la bouche et l’autre crispée autour de la télécommande, à hésiter entre changer de chaîne ou continuer à regarder. L’identification à certains protagoniste est parfois très forte et m’a souvent amenée à subir les choses avec eux, notamment lors de certains passages un peu durs ou des happenings psychologiquement violents.

Se déroulant dans des réalités pas si éloignées de la notre, l’histoire met en scène plusieurs objets futuristes (avatars en ligne, objets et murs connectés…) réellement en cours de développement qui auraient en quelque sorte syphonné le peu de bon sens subsistant encore chez l’Homme. Si certaines scènes ou situations semblent un peu excessives ou même absurdes, on avale sans broncher la pillule habilement enrobée de miel tant la réalisation et le scénario sont maîtrisés. Pour le dire plus clairement: on nous mène par le bout du nez jusqu’à nous amener à réfléchir un peu plus loin et à tirer une certaine morale de ce qui vient de se jouer sous nos yeux.

Les infos en plus

Black Mirror est toujours en production même si aucune date n’a encore été anoncée pour une troisième saison. On sait également que les droits de l’épisode 3 (saison 1) ont été achetés par Robert Downey Jr. (Due Date, Sherlock Holmes: a Game of Shadows et prochainement dans Avengers: Age of Ultron) et sa société de production en vue d’en faire un long métrage. Ce n’est pas le meilleur épisode de la série, mais sur un format plus long, j’imagine que l’histoire aura vraiment le temps de se mettre en place et de se développer davantage… bref, j’attends de voir ça avec impatience !

Rating: ★★★★☆
Avis: Black Mirror prouve que l’on peut produire d’excellentes séries à messages, avec un casting intéressant, une scénarisation et une mise en scène soignée, mais sans nécessairement tomber dans la démagogie, et en cela, c’est une véritable bouffée d’air frais ! Le traitement des intrigues permet une confrontation assez violente avec notre réalité, reflètant la réalité de notre époque et nos intéractions avec les écrans au quotidien – qu’on en ait conscience ou non.

Pour découvrir le premier épisode de Black Mirror (et réfléchir un peu tout en se divertissant), c’est ce soir dès 22h35 sur France 4 !

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